ARTICLE
La carcinose péritonéale met souvent en échec la
thérapeutique lorsqu'elle survient dans l'évolution d'une
tumeur digestive [1]. La tumeur primitive est traitée radicalement
par le geste chirurgical. La maladie résiduelle ou les métastases
viscérales sont de plus en plus accessibles au traitement chimiothérapique
cytostatique. Par contre, le contrôle abdominal d'une carcinose
péritonéale reste difficile à obtenir.
La chimiohyperthermie intrapéritonéale (CHIP) apparaît
comme une modalité thérapeutique intéressante basée
sur un double rationnel clinique et biologique.
Sur le plan clinique
La chimiothérapie intrapéritonéale a été
proposée dans le traitement des carcinoses péritonéales,
notamment d'origine ovarienne [2]. Un élément limitant de
cette technique est la répartition inhomogène du liquide
parmi les structures intra-abdominales. La base pharmacologique reste
séduisante avec, notamment, une amélioration de la biodisponibilité
et une augmentation de la concentration intracellulaire des substances
antitumorales dans les cellules malignes [3-7].
L'hyperthermie est très anciennement connue pour son rôle
cytostatique. Sa place reste limitée dans les schémas conventionnels
de traitement, mais certaines équipes l'utilisent en particulier
dans les rechutes locales [8]. Son effet cytostatique s'appuie sur une
action impliquant les acides nucléiques (inhibition de la synthèse
ADN-ARN, inhibition de la transformation ARNm en ARNr) [9, 10], les organites
cytoplasmiques (activation lysosomiale) [11] ou la membrane cellulaire.
À côté de l'effet cellulaire, il existe un effet tissulaire
antitumoral (néovascularisation, microthrombose, hypoxie, acidose)
[3, 10].
Sur le plan biologique
Les effets de l'hyperthermie et de la chimiothérapie se potentialisent
par différents mécanismes (action nucléaire, action
sur les pompes membranaires, diffusion et transport actif) [12]. Cela
aboutit à une augmentation importante de la concentration intracellulaire
de la substance cytostatique, en particulier dans les cellules malignes
[13]. Cette potentialisation a été démontrée
pour plusieurs agents antimitotiques (CDDP, mitomycine C, bléomycine,
doxorubicine) [14-18]. Ainsi, plusieurs équipes utilisent actuellement
la CHIP dans le traitement des carcinoses péritonéales d'origine
digestive chez l'homme [19-24].
En clinique humaine, nous avons réalisé la CHIP selon
la technique utilisée par F.N. Gilly [20]. Comme dans de nombreuses
équipes, la CHIP est réalisée à « ventre
fermé » sous anesthésie générale, avec
hypothermie de protection. Après l'exérèse des masses
extirpables, trois drains sont utilisés (William Harvey, n°
32) : deux sont mis en place sous les coupoles diaphragmatiques droite
et gauche, un dans le cul-de-sac de Douglas. Cinq sondes thermiques (Mallinckrodt
SA) sont placées dans la cavité abdominale (au niveau de
l'orifice de chaque drain, dans la gouttière pariétocolique
droite, au niveau de la racine du mésentère). Deux autres
mesures thermiques sont effectuées : température centrale
et température vésicale. Après fermeture de la laparotomie,
les drains sont connectés au circuit stérile dans lequel
circule un liquide de dialyse (4 à 6 l) mû par une pompe
péristaltique (Cobe). Un circuit non stérile est relié
au générateur thermique. Une interphase entre circuit stérile
et non stérile est réalisée par un échangeur
thermique tubulaire (figure
1). À température intra-abdominale moyenne de 42
°C, une infusion du produit cytostatique est réalisée
durant une heure ; le débit de liquide chauffé est de 900
ml/minute.
Bien que le concept technique général reste le même,
il existe de nombreuses variations de la CHIP, selon les équipes
médicales : nombre de drains, température d'entrée,
débit du liquide chauffé, température intra-abdominale
optimale, durée idéale [25]. Une des raisons de ces controverses
réside dans la complexité des écoulements et des
échanges thermiques dans l'abdomen, ainsi que des difficultés
de caractérisation thermique du milieu.
Le problème central est la thermo-dosimétrie [26] et l'homogénéisation
des températures intra-abdominales. Malgré ces difficultés,
les bases physiologiques et pharmacologiques de la chimiohyperthermie,
les premières données cliniques amènent à
considérer la CHIP comme une méthode d'avenir prometteuse
dans le traitement et/ou la prévention de la carcinose péritonéale.
Le présent travail est une contribution à la résolution
d'un des problèmes technologiques majeurs de la CHIP : celui de
la réalisation d'une hyperthermie homogène et bien contrôlée.
Il comprend une étude expérimentale sur une maquette physique
d'abdomen, dont l'objectif est de déterminer l'influence des températures
et des conditions d'injection du liquide chauffé sur la réponse
thermique de la cavité abdominale.
Les résultats de cette étude sont ensuite examinés
de deux manières, d'une part dans le cadre d'un modèle de
connaissance d'origine physique, d'autre part par l'identification d'un
modèle de comportement de type « boîte noire ».
L'objectif de cette interprétation est de formuler en termes simples,
facilement interprétables, les paramètres pertinents du
traitement thermique et leur corrélation avec les facteurs réglables
par l'expérimentateur (débit, température, mode d'injection...).
En effet, l'obtention des modèles dynamiques de la cavité
abdominale permettra ultérieurement d'étudier les différents
scénarios d'application de la CHIP, par exemple à l'aide
des simulations. Par ailleurs, un modèle présente toujours
un intérêt pédagogique indéniable, par exemple
pour la formation. La conséquence attendue de cette étude
est donc une meilleure définition des conditions optimales d'un
traitement par CHIP.
Résultats
Quatre types de configurations pour l'injection du liquide ont été
utilisés : injection par les deux drains d'entrée simultanément,
injection par le drain de droite uniquement, injection par le drain de
gauche, injection alternative (alternance toutes les 10 min) (figure
2). Chaque configuration est testée pour les quatre valeurs
de débit : 0,3 l/min, 0,5 l/min, 0,7 l/min et 0,9 l/min (figure
3).
Dans chaque expérience, on réalise d'abord un état
initial stationnaire par circulation suffisamment longue d'eau provenant
du générateur à 33 °C ; les températures
au niveau des six thermocouples se stabilisent entre 32,5 °C et 34,5
°C. Puis, en actionnant la vanne, on bascule quasi instantanément
sur le circuit du générateur à 45 °C ; c'est
l'instant zéro de l'expérience. La figure
4 montre des exemples typiques d'évolutions des températures
des thermocouples (T2...T6) après l'application
d'un échelon en T1. Les seize expériences correspondant
au croisement des quatre débits et des quatre configurations de
drains [27] seront évoquées de manière synthétique
plus loin.
Modélisation du système
Pour caractériser les réponses thermiques Ti
(i = 2...6) du procédé à des échelons de température
sur T1, on a utilisé des méthodes de recherche
de modèles, issues des techniques de modélisation des systèmes
dynamiques. Elles ont permis d'aboutir à deux types de modèles
: modèle physique (ou « de connaissance ») et modèle
comportemental, décrits par la suite.
Modélisation physique
Pour modéliser avec précision le phénomène
de CHIP, il faudrait tenir compte de la non-uniformité causée
par l'agencement irrégulier des organes et descendre au niveau
local. Cela semble irréalisable. Aussi, nous proposons de définir
une température « moyenne » de la cuve estimée
par l'expression suivante :
T = beta 2 T2 + beta 3 T3
+ beta 4 T4 + beta 5 T5 (1)
où :
beta 2,... beta 5 sont des coefficients
(0 < beta j < 1)
T est peu différent de T6.
Nous supposons aussi l'existence d'une température T0
représentative de celle des organes et d'une seule température
extérieure Text au voisinage des parois. Nous pouvons
alors écrire deux bilans thermiques, l'un relatif au liquide :
(2)
l'autre relatif aux organes :
(3)
Dans ces expressions, F est le débit massique de l'eau, ap
et a0 sont respectivement les surfaces des parois externes
et des organes, hp et h0 sont respectivement les
coefficients de transfert de chaleur à travers les parois extérieures
et la paroi des organes, CPeau et CP0 sont les chaleurs
massiques respectives de l'eau et des organes, meau et m0
sont les masses respectives de l'eau et des organes.
Les deux équations différentielles couplées (2)
et (3) permettent de formuler le problème sous la forme canonique
suivante :
(4)
où : sont
les variables d'état du système,
est la matrice
dynamique,
est la matrice
de commande,
et : sont les
variables de commande,
où tau eau, tau p, tau 0 et
tau sont des paramètres dynamiques homogènes à des
temps et s'écrivent :
et :
Plusieurs des caractéristiques du système sont estimables
facilement par des considérations géométriques élémentaires
ou des mesures directes, par exemple :
ap = 0,26 m2, a0 = 0,75 m2,
m0 = 8,10 kg, meau = 6,5 kg
Les capacités calorifiques sont trouvées dans des tables
ou estimées :
Cpeau = 4,18 kJ/kg/°C , Cp0 = 3,5 kJ/kg/°C
Les coefficients de transfert hp et h0 ont été
déterminés en milieu immobile par des expériences
de transfert de chaleur. On a obtenu les valeurs suivantes :
hp = 0,031 kJ/m2/°C/s, h0
= 3,82 kJ/m2/°C/s
Il est intéressant d'avoir une idée des ordres de grandeur
des paramètres dynamiques physiques du système :
tau p = 3600 s ; tau 0 = 10,5 s ; kappa
= 1,06
On peut en déduire simplement les deux constantes de temps (inerties)
tau 1, tau 2 du système qui sont en fait
les inverses des valeurs propres de la matrice : A. Dans le cadre
d'approximations permises par les valeurs des paramètres ci-dessus,
on obtient :
(5)
(6)
d'où les ordres de grandeur suivants : tau 2
~ 5 s
Pour toutes les valeurs de F on remarque : tau 2 <<
tau 1 ; c'est donc cette dernière qui imposera l'inertie
du système, en réponse à des échelons de T1.
Les valeurs de tau 1 (tableau
I) sont à comparer aux ordres de grandeur correspondants
de tau S, identifiés au cours de la modélisation
comportementale qui suit. Par ailleurs, soumis à un échelon
sur la température d'entrée T1, le système
répond par le gain suivant sur T :
(7)
soit : Ks ~ 0,75
à comparer aux résultats d'identification qui suit.
Modélisation comportementale (identification)
Actuellement, les relations entre l'entrée T1 et les
évolutions des températures Ti, i = 2...6, ont
été supposées du premier ordre avec retard (figure
5). Il s'agit maintenant de déterminer les trois paramètres
de chacune des fonctions de transfert associées : KSi
(gain statique), tau Si (inertie ou constante de temps) et
tau Di (retard). Cette recherche a été effectuée
systématiquement pour les 5 x 16 enregistrements de températures
: Ti(temps). Les tableaux
II, III et la figure
3 récapitulent les résultats obtenus. Pour les différentes
configurations d'injection et valeurs du débit, on a estimé
les valeurs des paramètres (KSi, tau Si,
tau Di). Compte tenu des erreurs de mesure et d'identification,
on peut estimer la précision relative des paramètres (KS,
tau S), au mieux, à ± 10 %. En analysant les évolutions
des valeurs estimées de tau Si et KSi, i
= 2...6, en fonction du débit F on peut constater que, indépendamment
de la configuration d'injection appliquée :
les valeurs de tau Si diminuent quand F croît
: un débit plus fort induit en effet une inertie plus faible du
système donc une réaction (montée de températures)
plus rapide ;
de façon générale on a KSi <
1 ; cela est dû aux pertes thermiques lorsque le liquide circule
dans un milieu à température plus faible : les températures
Ti, i = 2...6 ont tendance à converger vers des valeurs
plus faibles que T1. Toutefois, quand F est plus fort on constate
une augmentation de KSi, dont les valeurs estimées s'approchent
asymptotiquement de 1. Dans ce cas en effet, les pertes thermiques pendant
le « trajet » du liquide sont plus faibles.
Discussion
Nous commençons par examiner les résultats de l'identification
:
Le retard tau D est toujours très inférieur
au temps de réponse à 95 % (3tau Si), ce qui
permet de décrire la réponse thermique du système
essentiellement à l'aide des paramètres KS et
tau S.
La configuration des drains d'injection n'a pas une très
grosse influence : elle est peu significative sur le gain KS,
mais un peu plus sensible sur l'inertie tau S qui est légèrement
plus faible pour une injection utilisant le seul drain gauche (tableau
II), en particulier pour les sondes proches de T1.
En effet, le drain gauche débouche dans une zone moins encombrée
car le modèle utilisé représentait un abdomen humain
après gastrectomie (le cancer de l'estomac avec carcinose péritonéale
ayant été une indication princeps de la CHIP). Toutefois,
compte tenu des incertitudes d'estimation, ces constatations sont à
prendre avec précaution et à confirmer au cours d'essais
ultérieurs.
Par contre, le débit a une influence significative sur
tau S et également, dans une certaine mesure, sur KS.
En ce qui concerne le modèle de connaissance, en adoptant pour
h0 et hp une loi de croissance avec le débit,
on obtient un bon accord avec l'expérience. On peut également
noter une bonne convergence entre le modèle physique et le modèle
comportemental :
Les deux approches concluent somme toute au rôle essentiel
d'une constante de temps prépondérante : tau 1
[équation (5)] ou tau S, dont les ordres de grandeur
coïncident, pour les valeurs correspondantes de F (tableaux
I et II).
La constante tau 1 est proportionnelle à tau
eau [équation (5)] donc à 1/F. Ce résultat
est également observé sur tau S (figure
3).
Enfin, les gains KS calculés [équation
(7)] et identifiés ont la même valeur attendue et la croissance
observée de KS en fonction de F est de type homographique,
comme prévu.
On constate une cohérence entre les valeurs des paramètres
dynamiques essentiels des deux modèles (physique et comportemental),
ce qui prouve que les aspects thermiques du procédé ont
été assez bien identifiés.
Matériel et méthodes
L'étude expérimentale de la CHIP est réalisée
sur une maquette physique destinée à simuler la cavité
abdominale humaine équipée d'un dispositif de circulation
du fluide (figures 1 et
2).
La maquette se compose d'une cuve parallélépipédique
en plexiglas. Les organes fixes (foie, rate, rachis) ainsi que les parois
latérales de l'abdomen ont été élaborés
en polystyrène haute densité à l'échelle 1.
L'intestin grêle a été élaboré à
l'aide de boyaux synthétiques (5,20 m de longueur et 20 mm de diamètre)
remplis de gel et d'air et recouverts par une feuille de caoutchouc (0,5
mm d'épaisseur) qui représente le péritoine. Le côlon
est constitué de trois boyaux synthétiques (1,30 m de longueur
et 20 mm de diamètre) afin d'obtenir un diamètre d'environ
50 mm ; il est recouvert d'un film de caoutchouc.
Une des plaques de plexiglas est munie de trous permettant le passage
des thermocouples et des drains. Les pseudo-organes ont été
agencés de la manière la plus réaliste possible.
En particulier, le foie est appliqué sur le rachis et à
l'une des plaques par un morceau de caoutchouc simulant le ligament triangulaire.
Les parties verticales du côlon sont collées aux parois de
la cuve, la partie horizontale étant rattachée au fond de
la cuve par le caoutchouc dont elle est recouverte. De cette manière,
on peut figurer le mésocôlon transverse qui est un obstacle
à l'écoulement. L'intestin grêle n'est fixé
qu'aux deux extrémités. Le caoutchouc qui le recouvre est
collé en diagonale sur le fond de la cuve. De cette manière,
il flotte dans l'eau et est mobile dans la direction de l'écoulement,
représentant ainsi le comportement du mésentère.
Le volume total de la cuve est d'environ 19 l, le volume du liquide en
présence de tous les organes est de 6,5 l.
Le but de cette étude étant avant tout la modélisation
thermique de la cavité abdominale, nous avons choisi d'utiliser
le dispositif représenté sur la figure
6, plus favorable à une telle approche, car il permet de
réaliser des échelons de température T1
(figure 5). Un tel
montage ne comprenant pas de circuit stérile, son équivalent
n'est pas directement utilisable dans le traitement par CHIP, mais les
résultats établis à son propos sont facilement extrapolables
aux conditions du traitement réel. On utilise deux générateurs
thermiques, l'un assurant une température de 33 °C (température
initiale de la cuve), l'autre une température de 45 °C (liquide
injecté). Grâce à la vanne à quatre voies,
il est possible de mettre instantanément en service le second générateur
et d'assurer l'injection du liquide chaud. Une pompe péristaltique
permet d'assurer un débit constant de liquide.
La cuve est munie de six sondes thermiques placées en des points
représentés sur la figure
2, notés T1 à T6. T1
est la température d'entrée, T6 la température
de sortie du liquide. Pour améliorer la reproductibilité
des mesures, la tête des thermocouples qui consiste en une
aiguille a été noyée dans un morceau d'aluminium.
Remerciements
Les auteurs souhaitent remercier en particulier la Ligue départementale
de lutte contre le cancer et le CHU de Saint-Étienne, promoteur
de l'essai clinique.
CONCLUSION
À l'issue de ce travail, nous disposons donc, d'une part, d'un
modèle physique réaliste, adapté aux simulations
de traitements par CHIP du moins dans leurs aspects thermiques [27]. Un
modèle physique permet de quantifier les différents paramètres
et de les exprimer en fonction notamment du débit
de liquide. D'autre part, la méthode d'identification a permis
de caractériser un modèle simple de comportement thermique
des cinq zones surveillées du système (T2 à
T6).
En termes d'application médicale, cette étude permet de
conclure sur les points suivants :
Le rôle essentiel du débit qui doit être,
sinon maximal, du moins dépasser un certain seuil pour que soit
obtenu un gain élevé, un temps d'inertie et une homogénéité
acceptables. La valeur de 0,3 l/min semble à cet égard notablement
insuffisante alors qu'un débit de 0,9 l/min paraît tout à
fait adapté.
La configuration des drains ne semble pas a priori être
un facteur déterminant. Cela corrobore la constatation clinique
qui montre une bonne stabilité de la température lors de
l'inversion de sens du liquide chauffé. Un débit pulsé
alternatif ne semble pas améliorer les paramètres du comportement
thermique du modèle.
Le nombre de drains ne paraît pas avoir une influence prépondérante
dans la mesure où il y a au moins deux drains d'entrée de
liquide chauffé. La présence de un ou de deux drains de
sortie n'est pas discriminative sur le plan physique. Des considérations
cliniques pré- et postopératoires plaident pour la mise
en place de deux drains d'entrée et un drain de sortie (effraction
pariétale, fuite postopératoire, risque infectieux, coût
du circuit).
Le problème des températures d'entrée dans
l'abdomen, très élevées pour atteindre l'état
d'hyperthermie stable, est résolu par l'élévation
du débit qui s'accompagne d'une diminution très significative
du retard tau Di. Cette notion permet d'éviter la constitution
de zones de surchauffe au niveau des organes critiques en regard de l'extrémité
libre des drains.
La durée optimale de l'hyperthermie intra-abdominale se
trouve dépendante essentiellement de la pharmacologie de la substance
cytostatique utilisée. La pratique de débit élevé
réduit l'inertie tau Si et diminue ainsi le temps total
d'une CHIP chez un patient venant de bénéficier d'une chirurgie
d'exérèse souvent lourde. Des temps plus courts pourraient
être obtenus par une élévation supplémentaire
du débit ; nous n'avons pas testé des débits supérieurs
car une inertie très faible chez ces patients en hypothermie induit
des troubles généraux (hypersudation) et hémodynamiques
[28].
Le temps de passage des cellules tumorales dans la zone de thermo-tolérance
est diminué par l'inertie réduite en utilisant un débit
élevé.
L'homogénéisation des températures intra-abdominales
est obtenue et maintenue au mieux dans un schéma utilisant deux
drains d'entrée et un débit de 0,9 l/min.
Ces différentes observations recueillies sur le modèle
après sa validation ont été mises en pratique lors
de la réalisation de la CHIP chez des patients porteurs d'une carcinose
péritonéale (essai clinique n° 96-11 CCPPRB Rhône-Alpes-Loire
dans sa session du 1er juillet 1996). Des résultats
encourageants et une tolérance satisfaisante ont été
obtenus [29].
La démarche expérimentale décrite ici et l'interprétation
proposée peuvent être reprises sans difficulté à
propos d'autres études concernant la CHIP ; une utilisation de
ce montage pour des études de transfert de matière est également
envisageable.
Une confrontation des résultats trouvés sur le modèle
et des mesures issues de traitements in vivo pourraient être
proposées sur une série significative de patients.
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