ARTICLE
Lathérosclérose
est une maladie multifactorielle. Si certains facteurs de risque sont bien
connus, comme lâge, le tabac, lhypertension artérielle
et les dyslipidémies, dautres comme lhomocystéine
et la lipoprotéine (a) (Lp(a)) sont encore discutés. Lhomocystéine,
acide aminé soufré, est métabolisée selon deux
voies. Elle peut être soit reméthylée en méthionine,
soit métabolisée en cystéine par trans-sulfuration
qui est catalysée par la cystathionine beta synthase, enzyme vitamine
B6-dépendante. La reméthylation est catalysée par la
méthionine synthase qui utilise le méthyltétrahydrofolate
comme substrat et la vitamine B12 comme cofacteur. Des hyperhomocystéinémies
sont observées lors danomalies héréditaires impliquées
dans ce métabolisme ou lors de déficits vitaminiques acquis
[1]. De nombreuses études ont montré que lhomocystéinémie
est associée à la maladie coronaire [2, 3]. Dautres
travaux, comme létude ARIC [4] ou létude MRFIT
[5], ne retrouvent pas dassociation significative. En analyse multivariée,
lhyperhomocystéinémie demeure un facteur de risque de
la maladie coronaire [6]. Par ailleurs, la Lp(a) est une lipoprotéine
proche des LDL. Elle sen distingue par une apolipoprotéine
particulière : lapolipoprotéine (a) qui, par son homologie
de structure avec le plasminogène, interfère avec la fibrinolyse
in vitro [7, 8]. Son rôle athérogène in vivo
a été suggéré par les résultats de
plusieurs investigations [9, 10]. Dautres études ont montré
sa contribution notable dans la survenue et/ou la sévérité
des atteintes coronaires [11]. Afin de rechercher une relation entre les
concentrations de ces deux paramètres et lathérosclérose
coronaire dans la population marocaine, nous avons effectué des dosages
de lhomocystéine et de la Lp(a) chez des sujets ayant subit
une exploration coronarographique.
Matériel et méthodes
Patients
Commencée au cours du second semestre 1998 au laboratoire de la
ligue nationale de lutte contre les maladies cardiovasculaires, notre
expérience a porté sur 178 patients hospitalisés
dans le service de cardiologie A de lhôpital Ibn Sina de Rabat
pour exploration de la maladie coronaire. Elle a pris fin en mars 2000.
Les sujets nayant pas bénéficié dune
coronarographie ou présentant une triglycéridémie
supérieure à 4,6 mmol/L ont été exclus de
cette étude. Les insuffisants rénaux et les patients présentant
une maladie hépatique ou un syndrome inflammatoire ont été
également exclus. Le diagnostic dune coronaropathie a été
établi par lexistence dune sténose significative
(³ 50 % de la lumière vasculaire) objectivée par coronarographie.
La population coronarienne, groupe pathologique, est constituée
de 113 patients qui présentent au moins une sténose significative
de plus de 50 % de la lumière vasculaire. La population contrôle
comprend 65 sujets dont les examens cliniques et paracliniques ont éliminé
le diagnostic dune maladie coronarienne (coronarographie normale
ou sténose < 50 % de la lumière vasculaire, absence de
symptômes, ECG sans signe dischémie, test deffort
négatif et échographie ne montrant pas de troubles segmentaires
de contractilité). Le sex ratio est, pour lensemble des sujets,
de trois hommes pour une femme (trois hommes pour une femme dans le groupe
contrôle et deux hommes pour une femme dans le groupe pathologique).
La moyenne dâge est de 52 ± 9 ans (51 ± 9 ans dans le groupe
contrôle et 53 ± 10 ans dans le groupe pathologique). Les facteurs
de risque cardiovasculaire retenus sont lâge, le sexe, le
tabagisme chronique > 10 cigarettes par jour), lhypercholestérolémie
(cholestérol total > 5,50 mmol/L), lhypertension artérielle
(pression sanguine systolique > 160 mmHg et/ou pression diastolique
> 95 mmHg), le diabète (glycémie > 7,00 mmol/L), lobésité
(poids/taille2 > 30 kg/m2) et les antécédents familiaux
de maladies coronaires.
Cathétérisme cardiaque et coronarographie
Une coronarographie sélective a été réalisée
chez chaque patient après 12 heures de jeûne. Afin de visualiser
toute la circulation coronaire, des injections de produits de contraste
iodés ont été réalisées. Les prises
de vues radiologiques ont été réalisées avec
des angulations craniale et caudale variables. Les images ont été
enregistrées sur cassette vidéo VHS. Un amplificateur dimage
a été utilisé si nécessaire, afin de mieux
préciser lanatomie vasculaire [12]. Une fois enregistré,
le film a été analysé pour pouvoir classer chaque
coronarographie dans lun des deux types : normale ou sténose
non significative et sténose significative. Les coronarographies
ont été en général interprétées
par plusieurs coronarographistes afin de corréler les résultats
et de poser une éventuelle indication thérapeutique : angioplastie
ou pontage aorto-coronaire ou traitement médical.
Dosage des paramètres biochimiques
Le sang a été prélevé après 12 heures
de jeûne au moment de lartériotomie nécessaire
au cathétérisme, par le système Venoject utilisant
le vide sur un tube sec comprenant un gel pour activer la coagulation.
Le sérum a été obtenu par centrifugation de 15 minutes
puis a été fractionné de façon à subir
plusieurs dosages. Le cholestérol total (CT), les triglycérides
(TG) ont été dosés par méthodes colorimétriques
enzymatiques sur un automate de biochimie de type RAX-T (Bayer Diagnostic).
Le cholestérol HDL (HDLc) a été déterminé
de manière identique après précipitation manuelle
des lipoprotéines de très faible densité (VLDL) et
des lipoprotéines de faible densité (LDL) par lacide
phosphotungstique à 4 % et dions Mg++. Le cholestérol
des LDL (LDLc) a été calculé par la formule de Friedewald.
Les apolipoprotéines AI et B (apoAI et apoB) ont été
déterminées par méthode turbidimétrique. La
Lp(a) a été mesurée par une méthode Elisa
(Immuno- GmbH). Pour ce dosage la répétabilité était
comprise entre 4 et 6 % pour quatre échantillons de concentration
180 à 620 mg/L mesurés 10 fois en double. La reproductibilité
était à 5,8, 7,0 et 8,6 pour trois séries avec trois
échantillons de concentrations 180 mg/L, 325 mg/L et 586 mg/L mesurées
en double avec un même lot. Les réactions croisées
avec le plasminogène et les LDL étaient inférieures
à la limite de détection possible. Le dosage de lhomocystéine
plasmatique (Hcy) a été réalisé selon la méthode
décrite par Frantzen et al. [13]. En résumé,
les échantillons ont été réduits par le dithiothreitol
pour libérer lhomocystéine de ses formes conjuguées
(homocystéine liée aux protéines, homocystine et
complexes, homocystéine-cystéine). Celle-ci est ensuite
convertie en S-adénosyl-Lhomocystéine (SAH) par une SAH-hydrolase.
Le SAH est ensuite mesuré par un test immunoenzymatique. Pour ce
dosage, la répétabilité et la reproductibilité
étaient de 2,1 et de 5,2 %.
Analyses statistiques
La distribution normale des variables continues a été vérifiée
par le test de Kolmogorov-Smirnov. Une transformation logarithmique a
été réalisée pour les variables montrant un
écart significatif à la distribution gaussienne. Le test
de Student pour deux échantillons indépendants et lanalyse
de la variance (Anova) ont été utilisés pour la comparaison
des variables continues entre groupes. Ces variables ont été
ensuite réparties en deux classes par rapport à la valeur
normale attendue par les techniques de dosages utilisées. La valeur
50 ans a servi pour la subdivision en deux classes en fonction de lâge.
La comparaison des variables discontinues entre groupes a été
effectuée par les tests non paramétriques, le test Khi-deux
et le test U de Mann-Whitney. Ce dernier a été réalisé
après avoir affecté le code 1 pour labsence et 2 pour
la présence dun facteur de risque cardiovasculaire. Ce même
codage a été utilisé respectivement pour les classes
inférieures et supérieures aux valeurs normales des variables
continues à lexception des variables anti-athérogènes,
le LDLc et lapoAI, pour lesquelles les codes ont été
inversés. Des tableaux croisés 2 x 2 ont été
établis pour le calcul des OR et lestimation des RR de Mantel-Hanzel.
Le degré de liaison entre un facteur de risque cardiovasculaire
et la maladie coronaire a été estimé par des tests
non paramétriques, rho de Spearmann (rho) et Eta carré (Eta^2).
Cette dernière mesure a été obtenue lors de la comparaison
entre groupes par lAnova. La régression logistique basée
sur la méthode Entrée a été effectuée
pour tester les effets principaux des facteurs de risque cardiovasculaire
et leurs interactions sur la maladie coronaire. Lanalyse statistique
a été réalisée par le logiciel SPSS 7.5 pour
Windows.
Résultats
Les principales caractéristiques démographiques et cliniques
des patients sont représentées dans le tableau
1. Lanalyse des facteurs de risque cardiovasculaire montre une
prépondérance de ceux-ci dans le groupe pathologique. Soixante-cinq
pour cent (65 %) des coronariens ont une notion tabagique avec une forte
prédominance masculine, 48 % ont un taux de cholestérol
supérieur ou égal à 5,50 mmol/L, 36 % sont hypertendus
et 26 % sont diabétiques. Seize des 113 coronariens (14 %) et 63
sujets contrôles (97 %) présentent une homocystéinémie
inférieure à 15 µmol/L, valeur définissant la normalité
selon la technique de dosage utilisée. Les autres (86 % des coronariens
et 3 % des sujets contrôles) présentent une hyperhomocystéinémie
(615 µmol/L). La concentration moyenne de lhomocystéine chez
les coronariens est significativement augmentée par rapport à
celle du groupe contrôle (8,26 ± 2,34 µmol/L avec IC 95 % = 7,68-8,84
versus 17,85 ± 2,68 avec IC 95 % = 17,35-18,36 ; p < 0,001).
Lhomocystéinémie et la maladie coronaire sont fortement
associées par une relation non linéaire (Eta^2 = 0,76),
suggérant que 76 % des cas de survenue de la maladie seraient liés
à une hyperhomocystéinémie. LOR est de 0,16
chez les sujets présentant une homocystéinémie inférieure
à 15 µmol/L, il est de 28 chez les sujets présentant une
hyperhomocystéinémie. La maladie coronaire est beaucoup
plus fréquente dans le cas des hyperhomocystéinémies.
Le calcul du RR estimé montre que les sujets présentant
une hyperhomocystéinémie développeraient cinq fois
plus la maladie que les autres (RR = 5,16, IC 95 % = 3,66-6,66 ; p <
0,001).
Les résultats montrent également des différences
significatives entre les groupes contrôle et pathologique pour tous
les paramètres lipidiques, et essentiellement des taux élevés
en Lp(a) dans le groupe pathologique par rapport au groupe contrôle
(590 ± 199 mg/L avec IC 95 % = 552-627 versus 188 ± 84 avec IC
95 % = 167-208 ; p < 0,001) (tableau
2). Une relation non linéaire importante entre la maladie coronaire
et la concentration en Lp(a) est mise en évidence (Eta^2 = 0,66).
Elle suggère que 66 % des cas de survenue de la maladie seraient
liés à laugmentation de la concentration en Lp(a)
dans le sang. LOR est de 0,09 chez les patients présentant
une concentration en Lp(a) inférieure à 350 mg/L, alors
quil est de 5,88 chez ceux ayant une concentration en Lp(a) supérieure
ou égale à 350 mg/L. La fréquence de la maladie coronaire
est alors beaucoup plus élevée parmi les sujets ayant une
concentration en Lp(a) supérieure ou égal à 350 mg/L.
Ceux-ci développeraient 6,5 fois plus la maladie coronaire que
ceux présentant une concentration en Lp(a) inférieure à
350 mg/L (RR = 6,47 ; IC 95 % = 4,39-8,66 ; p < 0,001). Les patients
coronariens ont été séparés en trois sousgroupes
en fonction du nombre de troncs coronaires sténosés. Latteinte
coronaire est monotronculaire chez 34,2 %, bitronculaire chez 31,5 % et
tritronculaire chez 34,2 %. Il na pas été trouvé
de relation significative entre lhomocystéinémie et
le nombre de troncs coronaires atteints (rho = 0,13 ; p > 0,05). Toutefois,
une corrélation positive est mise en évidence entre la concentration
en Lp(a) et lextension de la maladie coronaire (rho = 0,95 ; p <
0,001). Une analyse de corrélation dans le groupe pathologique
montre une relation positive entre lhomocystéinémie
et la Lp(a) (rho = 0,54 ; p < 0,001) (tableau
3), et une faible corrélation entre les taux des LDLc et de
la Lp(a) (rho = 0,12 ; p < 0,05). Lanalyse par régression
logistique montre que lhomocystéine et la Lp(a) agissent
indépendamment sur la survenue de la maladie coronaire (khi2 de
Wald = 2,957 ; p > 0,05). Par ailleurs, ce sont deux facteurs de risque
indépendants de lâge, du sexe, du tabagisme, de lhypercholestérolémie,
du diabète et de lobésité (tableau
4). Les concentrations de lhomocystéine et de la Lp(a)
ne sont pas corrélées à la distribution cumulée
des facteurs de risque classiques.
Discussion
Lhomocystéinémie varie en fonction du régime
alimentaire, notamment selon lapport en vitamine B et en acide folique.
Cependant, plusieurs études présentent lhyperhomocystéinémie,
faible à modérée, comme un facteur de risque de la
maladie coronaire. Lélévation de lhomocystéinémie
pourrait favoriser la survenue de cette pathologie par activation de facteurs
de la coagulation ou atteinte de lendothélium vasculaire
[1, 14]. Les données de la littérature montrent que la fréquence
de lhyperhomocystéinémie varie de 19 à 47 %.
Ces divergences seraient la conséquence du statut nutritionnel
et/ou de labsence, à lheure actuelle, de consensus
sur une valeur de référence de lhomocystéinémie.
La limite supérieure des valeurs usuelles selon la technique de
dosage utilisée dans notre travail est égale à 15
µmol/L. Cette valeur est très proche des limites proposées
par Malinow [15], mais reste cependant inférieure à celle
établie par dautres études à partir de sujets
sains. Il est probable que cela explique le pourcentage élevé
de lhyperhomocystéinémie dans notre étude (84
% ; IC 95 % = 80-92) par rapport aux résultats publiés.
Le 95e percentile est denviron 14 µmol/L dans notre série
; dans la Physicians Health Study, il se situe à 15,8
µmol/L [16] et dans létude Hordaland, il est de 15 µmol/L
[17]. Dans la plupart des études, le 95e percentile est denviron
16 µmol/L, valeur considérée généralement
comme la limite supérieure de la normale. Cependant, dans la Framingham
Hearth Study, la fréquence de sténose carotidienne augmente
au-delà du seuil de 11,4 µmol/L [18]. Dans notre investigation,
il ny a pas de variation significative de lhomocystéinémie
en fonction du nombre de vaisseaux atteints. Certains travaux ont montré
que lhomocystéinémie nest pas ou est faiblement
corrélée au nombre de troncs coronaires atteints, à
la différence de la cholestérolémie [19]. Dautres,
au contraire, ont décrit une association entre létendue
de la maladie vasculaire et lhyperhomocystéinémie
[20]. La plupart des études montrent labsence dassociation
entre lhyperhomocystéinémie et le tabagisme, lhypercholestérolémie
ou lhypertension artérielle. Cependant, les résultats
de Graham et al. [21] suggèrent que le risque de maladies
cardiovasculaires serait amplifié chez les deux sexes par le tabagisme
et/ou lhypertension artérielle. De manière similaire,
nous avons mis en évidence une association entre lhyperhomocystéinémie
et la consommation quotidienne du tabac chez les coronariens. Cette association
nest pas retrouvée en cas dhypercholestérolémie,
dhypertension artérielle ou du diabète. Il est probable
que la consommation élevée de tabac interfère avec
la synthèse du phosphate de pyridoxal (vitamine B6). Il a été
montré que les fumeurs présentaient une concentration significativement
basse de phosphate de pyridoxal comparés aux non-fumeurs [22].
Les facteurs susceptibles daugmenter lhomocystéinémie
ne sont pas pris en compte dans notre étude. En effet, les travaux
actuels tendent à montrer limportance du polymorphisme génétique
des enzymes intervenant dans le cycle métabolique de lhomocystéine
[23]. Ainsi, linteraction entre des facteurs génétiques
et environnementaux pourraient être à lorigine de lhyperhomocystéinémie.
En ce qui concerne la Lp(a), notre étude montre que 91 % des coronariens
ont un taux moyen supérieur ou égal à 350 mg/L contre
19 % pour le groupe contrôle, soit 4,8 fois moins. Les différences
significatives de concentration en Lp(a), entre les groupes contrôle
et pathologique, sont associées à un RR denviron 6,5.
Dahlen a montré que les concentrations en Lp(a) sont trois à
quatre fois plus élevées dans une population à risque
que dans une population générale [24]. Ce risque est plus
souvent de lordre de deux à trois. Dans létude
LRC-CPPT [25] et celle de Reykjavik [26], le RR est supérieur à
1 (respectivement de 1,12 et 1,22). Dans ces deux études, les échantillons
ont respectivement été conservés pendant 15 à
18 ans à - 80 oC et 8 ans à - 20 oC avant le dosage
de la Lp(a). Or il a été démontré que lutilisation
déchantillons conservés à - 20 oC peut entraîner
une importante erreur dexactitude avec certaines techniques de dosage
de la Lp(a) [27]. De plus, la concentration en Lp(a) est relativement
plus diminuée par une longue congélation pour les isoformes
dapolipoprotéine(a) de faible masse moléculaire [28].
Par ailleurs, ces isoformes sont associées à des concentrations
élevées en Lp(a), et sont plus fréquentes chez les
sujets atteints dathérosclérose coronaire que chez
les sujets contrôles. Il est donc probable que cela se traduise
par une diminution de la différence de concentration en Lp(a) entre
les patients et les contrôles pouvant aller jusquà
la perte de significativité. La seule étude dans laquelle
les dosages ont été réalisés sur des sérums
frais (Procam), met dailleurs en évidence une différence
de concentrations en Lp(a) entre les patients et les contrôles associée
à un RR de 5,3 [29]. Lorsquon prend en compte les restrictions
méthodologiques, la seule étude prospective négative
qui devrait être prise en considération est celle de la Physicians
Health Study [30]. Cependant, lutilisation daspirine en
tant quantithrombotique a pu interférer dans la relation
entre des concentrations élevées en Lp(a) et la survenue
dinfarctus du myocarde. En effet, lun des mécanismes
potentiels expliquant la relation entre la Lp(a) et les maladies cardiovasculaires
est lhomologie de structure de lapolipoprotéine (a)
avec le plasminogène. La Lp(a) peut entrer en compétition
avec le plasminogène et inhiber ainsi la fibrinolyse. Dans cette
étude, du bêtacarotène a également été
administré seul ou en association avec laspirine. Cet antioxydant
a aussi pu modifier lathérogénicité de la Lp(a).
En effet, la Lp(a), comme les LDL, peut être oxydée et captée
par les macrophages et contribuer ainsi à la formation des cellules
spumeuses [31]. La sévérité de lathérosclérose
a également été étudiée en fonction
de la concentration en Lp(a). Fellat et al., dans une première
expérience de dosage de la Lp(a) dans une population marocaine,
ont trouvé une relation entre la sévérité
de latteinte coronaire et les taux des différents paramètres
lipidiques, plus particulièrement des taux élevés
en Lp(a) [32]. Dans notre étude, la concentration en Lp(a) augmente,
en effet, en fonction du nombre de coronaires sténosées.
Certains travaux ont rapporté des résultats semblables [33,
34]. Les mesures des concentrations plasmatiques en lipides et en lipoprotéines,
quoique utiles pour identifier les groupes à grand risque, susceptibles
de développer une maladie coronaire, ne permettent pas dapprécier
les grands changements qualitatifs de la structure et des fonctions des
lipoprotéines pouvant se produire dans la paroi artérielle.
Ces changements seraient responsables dun renforcement du potentiel
athérogène des lipoprotéines en modifiant les interactions
entre celles-ci et les composants artériels. Ainsi, les concentrations
les plus élevées en Lp(a) sont associées aux coronaropathies
les plus sévères et correspondent à des Lp(a) de
faible poids moléculaire. Le phénotype de lapolipoprotéine
(a) a un rôle dans la survenue de la coronaropathie. Ce déterminisme
génétique fait de la Lp(a) un marqueur biologique indépendant
du risque dathérosclérose coronaire. Le taux de la
Lp(a) est ainsi faible à la naissance et augmente pour atteindre
un taux adulte vers lâge de deux ans et se maintient dans
les conditions normales toute la vie. Lassociation entre les concentrations
élevées en Lp(a) et les facteurs de risque cardiovasculaire
classiques a été largement étudiée. Cependant
les résultats sont controversés. Dans notre travail, nous
avons mis en évidence une faible corrélation entre les taux
moyens de la Lp(a) et du LDLc. Les résultats du suivi à
10 ans des patients de létude GRIPS montrent que le risque
dinfarctus du myocarde associé au LDLc est nettement plus
élevé en présence de concentrations élevées
de Lp(a) [35]. Maher et Brown [36] ont émis lhypothèse
que la variabilité des résultats des études épidémiologiques
sur la relation entre Lp(a) et athérosclérose pouvait être
due au fait que les effets athérothrombogènes de la Lp(a)
seraient amplifiés par une forte concentration en LDL. Le pouvoir
prédictif de la Lp(a) vis-à-vis de lathérosclérose
coronarienne a été peu étudié les sujets ayant
un taux normal ou élevé en LDLc non familial. Cependant,
Il est important de souligner que même si le risque associé
à une augmentation isolée de la Lp(a) reste peu élevé
(OR de 2 à 3), il augmente nettement en présence dune
hyperLDLémie (OR souvent > 5). En conséquence il serait
utile de déterminer la concentration en Lp(a) chez les patients
ayant une hyperLDLémie ou une autre dyslipoprotéinémie.
Daprès Lobo [37] et Jenner [38], lâge, le sexe
ou lactivité physique nont pas dinfluence sur
les taux sériques en Lp(a). Néanmoins, daprès
Jenner [38] et Hernich [39], la concentration en Lp(a) augmente significativement
à la ménopause, de même après un déséquilibre
métabolique, surtout en cas du diabète selon Haffner [40].
Il semble se dégager de cette étude que lhomocystéine
et la Lp(a) sont des facteurs indépendants et discriminatoires
du risque dathérosclérose coronaire. Leur dosage est
dune grande importance pour la prévention et le dépistage
chez les sujets sans facteur de risque apparemment normolipidique mais
ayant une souffrance précoce.
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