ARTICLE
Les analyses biologiques sont réalisées sur des échantillons
prélevés sur les patients dans des conditions strictes,
puisque le constituant dosé ne doit pas subir de modification qualitative
ni quantitative entre le recueil et l'analyse proprement dite. Plus généralement,
la maîtrise de la qualité des analyses biologiques implique
la maîtrise de la phase pré-analytique qui comporte le prélèvement,
sa réalisation, son transport et son traitement.
Le Collège national de biochimie des Hôpitaux et la Société
française de biologie clinique ont souhaité travailler en
synergie et recueillir les avis de tous, hospitaliers ou libéraux,
prescripteurs et préleveurs, considérant que seules les
actions où s'expriment tous les acteurs auront des chances d'être
réellement mobilisatrices. Cette présentation a été
proposée pour établir une réelle communication entre
tous les biologistes, quelles que soient leurs modalités d'exercice.
Une telle complémentarité apporte l'efficacité nécessaire
à nos actions.
Les biologistes sont régulièrement confrontés à
des incohérences apparemment inexpliquées entre les résultats
et la situation clinique ou entre plusieurs résultats. Le plus
souvent, une recherche minutieuse des conditions dans lesquellesle prélèvement
a été obtenu, transféré, traité, conduit
à une explication rationnelle. En raison de l'éloignement,
du délai et de l'abondance des intervenants entre la prescription
et l'arrivée du prélèvement sur son lieu de traitement,
les risques d'erreur sont considérables. Ils sont liés aux
multiples points de rupture possibles entre les différentes étapes
du cheminement du prélèvement : l'application de la démarche
« qualité » à l'ensemble de ce cheminement devrait
améliorer la situation. L'objectif essentiel de cette journée
était de rassembler les différents intervenants qui prennent
en charge tout ou partie du prélèvement et de son traitement,
afin qu'ils expriment les difficultés rencontrées.
Le prélèvement à l'hôpital
vu depuis le laboratoire
A. Daunizeau (biologiste, CH de Lens).
Depuis très longtemps et, semble-t-il comme beaucoup de nos collègues
d'autres hôpitaux, nous recevons chaque jour un nombre relativement
élevé de prélèvements dont la qualité
est susceptible d'être critiquée. Et malgré toutes
les consignes répétées régulièrement,
les informations diffusées, les remarques faites ici ou là,
le problème demeure. Pour tâcher d'améliorer cette
situation, et profitant de la publication du Guide de bonne exécution
des analyses (GBEA), nous avons cherché à mieux comprendre
les causes des erreurs observées dans l'espoir d'apporter des solutions
adaptées et de ce fait probablement plus efficaces.
Le prélèvement est, après la prescription qui en
provoque le besoin et le définit, la principale étape, obligée,
de toute analyse de biologie médicale. Il est constitué
d'un ensemble relativement complexe où se mêlent des actions
purement médicales, liées au patient, à la prescription
ou à l'acte de prélèvement, et des obligations purement
biologiques imposées par le besoin de qualité des résultats
d'analyses. Aucun examen de laboratoire ne peut rendre les services attendus
par les patients et leurs médecins si cette étape n'est
pas de la plus grande qualité. Le GBEA est là pour rappeler
à chacun les points essentiels à maîtriser pour garantir
cette qualité.
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Rappel des principaux points évoqués
dans le GBEA
1. Le prélèvement
La réalisation :
- doit être faite par du personnel autorisé,
- informe des risques d'erreurs et de leurs conséquences,
- doit préciser tout incident de prélèvement,
- et indiquer son identité et sa qualité au laboratoire.
Le matériel :
- stérile à usage unique,
- aux caractéristiques connues des utilisateurs,
- adapté aux échantillons et aux analyses,
- conçu pour éviter les risques de contamination.
Date du prélèvement :
- elle doit être connue avec précision, ainsi que l'heure.
2. Identification
Tubes ou récipients primaires :
- étiquetage par le préleveur, au moment du prélèvement,
- doit être conçu pour éviter toute erreur d'identification
des personnes,
- date et heure de prélèvement,
- fiche de renseignements cliniques.
Tubes ou récipients secondaires :
- identification sans ambiguïté.
Transmission :
- fiche de suivi,
- renseignements cliniques.
3. Conservation des échantillons
- conforme aux règles de sécurité
et d'hygiène,
- respect des températures, des durées de conservation,
- stabilité des échantillons, absence d'évaporation,
- absence de contaminations, de pollutions.
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Vers une meilleure connaissance des causes d'erreurs
Comme d'autres avant nous, nous avons cherché à évaluer
la qualité des prélèvements que nous recevons chaque
jour au laboratoire. Pour cela, nous avons effectué, au cours des
mois de mai à août 1996, un recensement d'anomalies observables
au laboratoire, à divers stades de l'analyse. Chaque échantillon
reçu pendant ce temps a été contrôlé,
et les éventuelles erreurs listées et classées en
fonction de leur nature selon les critères ci-dessous, et en fonction
des prescripteurs (services demandeurs) :
- Erreurs de la demande : sur l'identification du prescripteur, sur
l'identification du patient (nom et/ou prénom, date de naissance),
sur le document, etc.
- Prélèvement : erreur sur le tube (ou récipient),
prélèvement non reçu, erreur d'identification, mauvaises
conditions de transport, etc., erreur sur le contenu (volume insuffisant,
hémolyse, etc.).
Sur près de 45 000 demandes, 3 341 anomalies ont été
observées, soit 7,4 % (tableau
1). Il n'y a pas de répartition homogène des erreurs
ni de répartition comparable d'un service à l'autre, en
nombre absolu ou en nombre rapporté au nombre de demande du service
; certaines erreurs sont courantes dans un service et totalement absentes
dans un autre.
Exemple des prélèvements hémolysés : ils
concernent de 1,3 % à 20 % du nombre de demandes selon les services.
Cette répartition variable des anomalies reflète sans doute
l'existence de causes multiples, propres à chaque structure. Les
manuvres de correction à envisager ne peuvent qu'être
adaptées à chaque cas particulier.
Le prélèvement est avant tout un
problème de communication
Un premier objectif peut être de chercher à vérifier
qu'existent toutes les informations nécessaires à tout bon
prélèvement, qu'elles sont à jour, disponibles là
où il le faut et quand il le faut. C'est un problème de
présentation des informations, de réflexion et de temps
pour les faire passer, accepter et utiliser.
Connaître et comprendre les problèmes posés par
les prélèvements dans l'organisation et le fonctionnement
d'un service de soins, pour pouvoir trouver et mettre en place des solutions
adaptées. Mieux connaître les problèmes pour mieux
les résoudre : problème de communication.
Convaincre des personnes étrangères au laboratoire et
ses règles de fonctionnement, placées sous la responsabilité
d'un autre que le biologiste, convaincre le personnel infirmier que la
qualité des analyses est directement liée à celle
des prélèvements, convaincre de respecter des instructions
précises et non discutables, d'accepter la notion d'audit, convaincre
de modifier des habitudes, convaincre de la nécessité d'un
GBEA dans l'intérêt des malades : problème de communication
encore.
Conclusion
Le GBEA est un bon référentiel pour la qualité
dans les laboratoires. Il confirme la responsabilité du biologiste
dans toutes les étapes de l'analyse, notamment celle des prélèvements.
Il incite à une communication totale avec les autres partenaires
et interlocuteurs : du laboratoire vers les préleveurs pour les
guider, des préleveurs vers le laboratoire pour le renseigner,
dans les deux sens pour une biologie de qualité.
Organisation des prélèvements
au quotidien
N. Queyrel (biologiste) et M.-L. Larquier (Cadre
infirmier, CH de Versailles).
Il s'agit de présenter l'acte de prélèvement au
quotidien vu du côté d'une unité de soins dans un
Centre hospitalier général d'une capacité de 1 000
lits, en majorité de court séjour, avec une durée
moyenne d'hospitalisation de 7 jours, donc une rotation de patients importante.
L'activité des laboratoires est de 23 millions de B par an dont
80 % pour les patients hospitalisés. À l'hôpital la
grande majorité des prélèvements biologiques sont
effectués par le personnel infirmier. L'acte de prélèvement
au quotidien comporte trois phases, qui prennent place dans un mode de
programmation ou d'urgence : la prescription médicale, la préparation
matérielle (tubes et bons de demande) et l'exécution «
au lit du malade ».
La prescription médicale
Elle est faite par un médecin du service ou un médecin
de garde, sous la responsabilité du médecin chef d'unité,
sur des documents divers correspondants à une ordonnance (feuille
de prescription médicale nominative intégrée au dossier
infirmier, dossier de prescription émanant des urgences, support
de prescription de consultation) :
- en prévisionnel : lors de la visite quotidienne (pour l'ensemble
des malades), suivi d'une transcription par l'infirmière sur un
document de planification ;
- dans le cadre de l'urgence : sur ordre oral, confirmé a
posteriori par écrit, la préparation et l'exécution
de l'acte de prélèvement sont immédiates (pour un
seul malade).
La préparation matérielle (tubes
et bons)
Elle est effectuée la plupart du temps par un(e) infirmier(e)
différent(e) de celui(celle) qui prélèvera le lendemain.
L'identification des tubes et bons nécessaires est faite à
partir du document répertoriant la liste des examens biologiques
programmés, en adéquation avec la prescription et conformément
aux protocoles établis par les laboratoires.
Un problème majeur se pose, lié au remplissage des bons
de demande d'analyses : les renseignements cliniques indispensables
au biologiste pour l'interprétation des résultats sont très
souvent manquants. Le médecin essaie de privilégier l'examen
clinique et les actes techniques directs auprès du malade, à
cette charge indirecte d'écriture dont la lourdeur est indéniable.
Le personnel infirmier ne peut pallier ce manque ne relevant absolument
pas de sa compétence.
L'exécution « au lit du malade »
L'infirmier, après vérification « au lit » de
l'identité du patient et de la nature des examens demandés,
procède au(x) prélèvement(s), toutes natures confondues
(sang, urines, selles, crachats...).
L'acte de prélèvement est un acte de soin qui relève
de la responsabilité entière de l'infirmier selon les protocoles
existants en ce qui concerne : l'hygiène, le lavage des mains,
la technique de ponction, l'élimination des déchets... La
responsabilité du biologiste dans cet acte est concernée
par l'établissement des consignes : pose du garrot, ordre de remplissage
et agitation des tubes, conditions de conservation, temps d'acheminement
aux laboratoires... selon des protocoles précis. Un deuxième
contrôle est toujours effectué au moment du dépôt
des tubes et des bons, avant l'acheminement vers les laboratoires.
La réalité chaque matin au Centre hospitalier de Versailles
* 28 malades par unité de soins
* 15 à 20 prélèvements prescrits chaque jour
* 10 min, évaluation moyenne d'un prélèvement (réf.
indicateur de soins)
* 6 h 30, prise du premier poste infirmier
* 8 h, prise du deuxième poste infirmier
* 8 h 15, distribution du petit déjeuner
* 8 h 30, acheminement des prélèvements vers les laboratoires
« La réalité, chaque matin » : Il est important
de connaître les conditions matérielles et l'organisation
dans lesquelles se situe l'infirmier au moment des prélèvements
dans le créneau 6 h 30-8 h 30. D'autres actes de soins importants
sont concomitants dans cette tranche horaire, qui se trouve limitée
par des heures butoirs ainsi que dépendante de contraintes de fonctionnement
à caractère impératif sur le plan hôtelier
et médico-technique (prémédication et préparation
pour intervention ou examens).
Muni des données, il est aisé de comprendre que toutes
les tâches accomplies par le personnel infirmier dans ce laps de
temps relèvent d'un parcours contre la montre. Pour la bonne prise
en charge des malades, il est indispensable de bénéficier
d'un temps défini pour les transmissions entre l'équipe
de nuit et celle de jour : relève à 6 h 30 (15 min y sont
consacrées chaque matin). L'infirmier doit avoir prélevé,
avant la distribution du petit déjeuner, la majorité des
examens nécessitant d'être à jeun. Il est également
souvent recommandé d'absorber les traitements oraux au cours des
repas, d'où la nécessité de procéder à
leur dispensation pour le petit déjeuner. Après les transmissions
dans le créneau restant entre 7 h et 8 h 30, en plus des prélèvements
biologiques, de la distribution des médicaments per os,
l'infirmière doit accomplir les autres soins impossibles à
différer tels que : perfusions, injections, glycémies au
doigt, insulines aux diabétiques, préparations des malades
pour le bloc ou examens radiologiques. Elle doit accueillir tout entrant
éventuel venant des urgences ou programmé, et intervenir
en cas de situation d'urgence vitale.
Mathématiquement parlant, le crédit de temps infirmier
entre 6 h 30 et 8 h 30 est de 120 min (poste 1) et de 30 min (poste 2),
soit 150 min. Si on tient compte des normes définies, le temps
infirmier est déjà essentiellement absorbé par les
prélèvements.
Malgré cette incohérence, toutes les tâches sont
cependant réalisées. Comment ? et au détriment de
quoi ?
Qualité, sécurité, humanité...
Inutile de préciser que tout état d'âme ou de besoin
relationnel critique ne peut être pris en compte malgré les
compétences reconnues au personnel infirmier dans ce domaine. Les
écueils rencontrés pour appliquer en pratique les différents
points du texte GBEA relatifs au prélèvement sont nombreux.
À l'heure actuelle on ne peut avoir que quelques idées maîtresses
à appliquer, au moins en théorie. Différents points
peuvent être soulignés :
- La prescription médicale reste sous la responsabilité
du médecin chef de service ou du responsable d'unité qui
va, soit prescrire, soit valider une prescription émanant d'un
intervenant-consultant extérieur au service, afin de garantir l'opportunité
de la demande et éviter toute redondance (GBEA I-1).
- Le prélèvement des échantillons étant
réalisé par le personnel infirmier ou un médecin,
le biologiste choisit le récipient, établit les procédures
de prélèvement à diffuser dans les unités
de soins et contrôle leur application à la réception
du prélèvement (GBEA I-1, III-2-1 et III-2-2-1).
- L'exécution des analyses est sous la responsabilité
du biologiste après validation de l'acte de prélèvement
(GBEA III-1-2).
Le rôle du biologiste est primordial dans la relation avec les
services cliniques pour assurer une bonne application du GBEA dans la
phase pré-analytique. Les problèmes soulevés et non
résolus restent, entre autres, l'insuffisance de l'effectif infirmier
durant la tranche horaire correspondant aux prélèvements
pour assurer une garantie minimale et éviter la « robotisation
», les renseignements cliniques indispensables, tout en respectant
la confidentialité...
Fiche de suivi du prélèvement
D. Duchassaing (biologiste, CH d'Argenteuil).
Après un bref rappel théorique sur les principes majeurs
de l'assurance de la qualité - prévoir, exécuter
et tracer - l'expérimentation mise en place au Centre hospitalier
d'Argenteuil est décrite. L'objectif recherché est de diminuer
le nombre des prélèvements parvenant au laboratoire dans
des conditions qui ne sont pas conformes au besoin exprimé.
Après avoir proposé au personnel infirmier une formation
à propos de la qualité des prélèvements et
distribué un manuel renfermant toutes les consignes demandées
par le service de biochimie, une procédure de retour des informations
a été mise en place avec les unités de soins. Cette
démarche consiste à relever les non-conformités à
l'arrivée des prélèvements (absence d'identification,
incohérence entre étiquette du tube et demande, absence
des renseignements cliniques demandés...) en établissant
une fiche spécifique sur laquelle sont notées les
raisons de la non-conformité et les actions mises en uvre
pour traiter le dysfonctionnement. Cette fiche de suivi est associée
au résultat : la non-conformité est connue du biologiste
qui peut dès lors valider et signer en conséquence. L'ensemble
est adressé au prescripteur, accompagné d'une lettre lui
demandant de veiller à ce que cette cause de non-conformité
ne se reproduise pas. Cette expérimentation se déroule en
respectant les étapes suivantes.
- Préalables : personnel infirmier (formation et sensibilisation
aux conséquences de la non-qualité des prélèvements),
accueil au laboratoire (formation et motivation du personnel réceptionnant
les prélèvements).
- Documents : dans l'unité de soins (catalogue de prélèvement
et « guide du service de biochimie »), dans le laboratoire (fiche
de non-conformité).
- Contraintes d'organisation : étape supplémentaire
de validation de l'arrivée des prélèvements avec
saisie des informations, traçabilité et gestion.
- Évaluations : enregistrement, audit et retour d'information.
Il semble que les non-conformités soient aussi variables d'un
hôpital à un autre qu'entre les unités de soins elles-mêmes
: ceci est le signe que les erreurs sont fréquemment le fait d'une
personne ou d'un groupe de personnes mal informées, ou encore d'une
carence organisationnelle dont les conséquences sont remarquablement
reproductibles. Seule la connaissance de la cause initiale est garante
d'efficacité.
Cette politique de gestion des erreurs repose sur le retour d'informations
et l'approche pédagogique qui résulte de la prise de conscience
ainsi stimulée. Dans un deuxième temps, l'analyse documentée
de la répartition des erreurs selon leur nature et leur origine,
possible par la traçabilité ainsi installée, permettra
d'établir un vrai dialogue avec les unités de soins, pour
aider celle(s) qui éprouvent le plus de difficulté à
respecter les consignes préconisées.
Les bénéfices attendus se situent tant au niveau des patients
que des biologistes : diminution des prélèvements de contrôle,
meilleure fiabilité des résultats, pertes de temps évitées.
Cette amélioration de la qualité est bien évidemment
source d'économies importantes, en temps de personnel comme en
achat de consommables. Enfin, la mise en place d'une surveillance des
dysfonctionnements devrait se généraliser dans les cinq
ans, car on ne peut pas penser que des établissements de soins
pourront être accrédités s'ils ne sont pas capables
de prouver leur savoir-faire en matière de gestion des erreurs.
Système d'information
et renseignements cliniques
G. Nizand (DIM, Hospices civils de Strasbourg).
Aux Hospices civils de Strasbourg, le Système d'information hospitalier
(SIH) ne comporte pas moins de 1 500 micro-ordinateurs en réseau.
Les informations circulent, du directeur d'établissement jusqu'au
personnel infirmier. Il a donc fallu organiser une véritable gestion
des utilisateurs pour assurer le respect de la confidentialité.
Dans un tel système, le service d'information doit permettre
à l'hôpital d'assurer sa communication en toute sécurité,
ce qui signifie : disponibilité des informations, intégrité
des données, confidentialité. Pour parvenir à cet
objectif, les éléments suivants ont été mis
en place selon le schéma directeur de l'établissement :
identification précise des utilisateurs (4 000 utilisateurs) en
liaison avec la gestion des ressources humaines de l'établissement,
attribution de mots de passe personnels (« habilitations » personnelles),
gestion des utilisateurs, définition des règles d'attribution,
chaque utilisateur n'ayant pas les mêmes besoins (médecin,
personnel infirmier, administration).
L'originalité de l'expérience de Strasbourg tient à
la mise en uvre d'une carte à microprocesseur destinée
aux professionnels de santé, la CPS (Ordonnance d'avril 1996).
La CPS sera très prochainement expérimentée sur un
site complet avec 600 postes. Les services attachés à cette
carte seront communs à tous les acteurs du système de santé.
En particulier, elle permettra d'améliorer et de standardiser tous
les échanges d'informations dans le domaine médical pour
les points suivants : identifiant, mot de passe, affectation, identification,
authentification, signature électronique, chiffrement ou cryptage
(manière d'assurer la confidentialité des informations).
Ainsi, par exemple, l'usage de cette carte autorisera un échange
plus ouvert entre laboratoire et hôpital, médecin de ville
et laboratoire.
En conclusion, par l'amélioration de la sécurité
des transactions électroniques, les échanges s'amplifieront.
Cette nouvelle donne ne peut se faire sans une sensibilisation au respect
du secret professionnel et de la confidentialité.
Prélèvements des examens d'hémostase
M. Alhenc-Gelas (biologiste, hôpital Broussais).
Les prélèvements d'hémostase sont soumis à
des contraintes particulières compte tenu du risque important d'activation
des plaquettes et des facteurs de la coagulation au sein des tubes et
de la labilité de certains d'entre eux.
Modalités de prélèvement
Dans la majorité des cas, le prélèvement pourra
être effectué hors du laboratoire si les tubes sont ensuite
transférés sans délai. Cependant, pour l'étude
des fonctions plaquettaires, il est impératif que le patient soit
prélevé sur le lieu de réalisation des tests. Des
horaires particuliers de prélèvement doivent être
respectés lorsqu'il existe un rythme nycthéméral
des protéines étudiées (PAI1) ou dans le contexte
de traitement par héparines.
L'anticoagulant le plus employé est le citrate de sodium 0,11
M. Les prélèvements seront effectués à l'aide
de vacutainers (1 vol. d'anticoagulant/9 vol. de sang). Les tests ne doivent
être réalisés que sur des tubes correctement remplis.
Le volume d'anticoagulant contenu dans le tube convient lorsque l'hématocrite
est compris entre 20 et 55 %. Les tubes contenant des mélanges
d'anticoagulant et d'anti-agrégants plaquettaires tels que le CTAD
(citrate + théophylline + adénosine + dipyridamole) qui
freinent l'activation des plaquettes au sein du prélèvement
ont un intérêt potentiel évident. Cependant, leur
utilisation augmente de façon non négligeable le coût
du prélèvement. L'emploi des vacutainers est déconseillé
pour l'étude des fonctions plaquettaires.
Technique de prélèvement
Le prélèvement sera effectué chez un malade au
repos. Le garrot doit être laissé le moins longtemps possible.
La ponction est réalisée sur une veine de bon calibre, au
pli du coude (en cas de présence d'un cathéter de perfusion,
sur le bras opposé). La ponction veineuse doit être franche.
Il faut absolument éviter le prélèvement à
la seringue ou par l'intermédiaire d'un cathéter qui induit
des activations artéfactuelles. Si des tubes non destinés
à l'hémostase doivent être prélevés,
le tube d'hémostase sera rempli en deuxième position après
un tube ne contenant pas d'anticoagulant.
Transfert des tubes au laboratoire
La rapidité est impérative compte tenu de la labilité
de certains facteurs (en particulier facteur VIII, facteur V, complexes
solubles...) et dans le contexte de traitement par héparine, du
risque de neutralisation du médicament par le facteur IV libéré
des plaquettes activées. La température à maintenir
pendant le transport sera fonction des examens demandés. Ainsi,
le prélèvement doit être apporté dans la glace
pour les dosages de facteur VIII et les études de la fibrinolyse
ou la recherche de complexes solubles. Au contraire, il ne faut surtout
pas refroidir les prélèvements destinés aux études
plaquettaires.
Traitement des prélèvements au
laboratoire
Dès leur arrivée au laboratoire, les tubes qui sont destinés
aux tests plasmatiques doivent être soumis à une centrifugation
à 2 500 g pendant 15 min à température de 12-15 °C.
Les examens seront alors effectués sans délai ou pour les
tests qui peuvent être réalisés en série et
en différé (dosages d'antithrombine, de protéine
C, de protéine S, recherches d'anticoagulants lupiques, par exemple),
après une seconde centrifugation réalisée dans les
mêmes conditions, le plasma sera réparti en ali- quotes et
congelé à une température inférieure à
- 20 °C. Les aliquotes seront décongelés pendant 5
min au bain-marie à 37 °C, puis étudiés sans
délai. Le maintien des plasmas à 4 °C est déconseillé
compte tenu du risque d'activation du facteur VII à cette température.
Le prélèvement microbiologique
en milieu hospitalier
Y. Piemont (biologiste, Hospices civils de Strasbourg).
Par définition, un « bon » prélèvement
est celui qui, jusqu'à son arrivée au laboratoire, demeure
représentatif du processus infectieux ou pathologique de la zone
anatomique prélevée. Il se pose d'emblée la question
de savoir si la zone prélevée permet réellement le
diagnostic de l'affection observée. En outre, selon les conditions
de transport, certains germes peuvent ne plus être viables, et d'autres,
par contre, peuvent se multiplier alors qu'il s'agit de simples commensaux.
Les prélèvements microbiologiques ont deux spécificités.
La première tient à la variété des échantillons
adressés au laboratoire : ces prélèvements proviennent
soit de malades (tissus, urines, frottis, sang, LCR...), soit de biomatériaux
implantables (sondes, chambres, cathéters, prothèses...),
soit de l'environnement (eau, air, sol, clavier d'ordinateur, antiseptiques...).
La seconde spécificité de ces prélèvements
microbiologiques tient à la nature des questions posées
au laboratoire : dans un cas, le clinicien demandera la recherche d'un
germe nommément désigné ; dans un autre cas, le plus
fréquent, il demandera de mettre en évidence un germe inconnu,
responsable du processus infectieux qu'il observe.
La recherche d'un germe nommément désigné s'apparente
à une démarche fréquente en biologie mais ne représente
pas l'analyse le plus souvent demandée. Le site anatomique examiné
et les conditions de prélèvement et de transport doivent
être codifiés dans un document écrit. Des exemples
de ce type sont représentés par la recherche de Chlamydia
trachomatis, d'Helicobacter pylori ou par un sérodiagnostic
microbiologique.
Par contre, la recherche dans un prélèvement de germes
inconnus est une démarche plus fréquente, mais qui soulève
de nombreuses questions : le site anatomique examiné est-il le
bon ? Le matériel de prélèvement utilisé et
les conditions de transport sont-ils adaptés ? Les moyens de culture
utilisés au laboratoire permettent-ils de mettre en évidence
l'agent pathogène ? L'agent pathogène est-il d'ailleurs
une bactérie ? ou un virus ? ou un parasite ? Cet agent est-il
cultivable ? Malgré toutes ces interrogations, il importe également
d'établir un document écrit pour chaque type de prélèvement
expliquant la ou les technique(s) à utiliser et les conditions
de transport optimales, afin d'essayer de mettre en évidence, avec
le plus de chances de succès possible, l'agent pathogène
réel. Ce dernier peut ne pas être trouvé malgré
ces précautions ; l'importance des renseignements cliniques pour
orienter plus précisément les recherches microbiologiques
n'est plus à démontrer. Inversement, certains germes que
l'on isole peuvent ne pas être responsables du processus infectieux
observé.
Mais le prélèvement en microbiologie subit également
les contraintes qui s'appliquent aux prélèvements réalisés
pour les autres spécialités biologiques. Par exemple, il
est nécessaire de réaliser la formation de préleveurs,
de communiquer étroitement avec les équipes soignantes,
d'obtenir une fiche de demande bien complétée, de réceptionner
les prélèvements en signalant les non-conformités
et d'ensemencer rapidement les échantillons biologiques.
À côté de ces recommandations techniques, il faut
constamment avoir à l'esprit qu'un laboratoire de microbiologie
a deux missions : une mission diagnostique et une mission épidémiologique.
Cette dernière a une dimension souvent méconnue par les
cliniciens et les microbiologistes eux-mêmes. Les prélèvements
réalisés dans le cadre de chacune de ces missions doivent
être réalisés d'une façon techniquement correcte,
mais ils doivent être aussi identifiés séparément.
Les prélèvements à visée diagnostique
sont ceux, par définition, dont les résultats conduisent
à instituer (ou à modifier) une thérapeutique (liquides
céphalorachidiens, sang pour hémoculture, de lavages broncho-alvéolaires).
Ils doivent être réalisés en prenant en compte le
concept de « fiabilité diagnostique » avec ses deux versants
: le versant clinique qui revient à choisir chaque prélèvement
à effectuer, en se demandant si le prélèvement en
question a réellement la capacité de fournir le diagnostic
de l'infection observée ; et le versant technique qui revient à
se demander si le prélèvement a été réalisé
correctement selon les règles édictées par le laboratoire.
Les prélèvements à visée épidémiologique
sont tout autres. Ils servent à mettre en évidence la flore
du patient ou du service clinique, en dehors d'un contexte réel
d'infection du patient et n'ont pas d'incidence thérapeutique immédiate
; les prélèvements entrant dans cette catégorie sont
habituellement les frottis de plaie tels qu'ils sont habituellement effectués,
les redons, les lames, les urines de patients porteurs d'une sonde à
demeure et bien d'autres. L'intérêt réel de ces prélèvements
n'apparaît que si deux conditions sont remplies : d'une part, il
faut une méthodologie de prélèvement permettant d'établir
un index de colonisation du service ou du patient ; d'autre part, seuls
les germes pouvant poser des problèmes thérapeutiques doivent
être recherchés comme Staphylococcus aureus résistant
à la méticilline, les entérobactéries porteuses
de bêtalactamase à spectre élargi, les entérocoques
résistant à la vancomycine, les Acinetobacter résistants
à l'imipénème ou bien divers germes toxinogènes
nommément désignés.
Dans cette optique, il serait souhaitable que les microbiologistes s'impliquent
dans l'information des préleveurs pour les aider à différencier
les prélèvements à visée diagnostique de ceux
à visée épidémiologique, même si cette
distinction n'est pas toujours évidente. Ces demandes doivent être
ciblées et organisées selon un accord entre cliniciens et
microbiologistes. Elles doivent être libellées sur des feuilles
de types différents car le traitement bactériologique de
ces échantillons et leur exploitation ultérieure sont très
différents. Les prélèvements à but diagnostique
doivent être ensemencés sur des milieux à «
large spectre » (sauf en cas de recherche d'un germe précisément
nommé) afin de tenter d'isoler le ou les germe(s) pathogène(s).
À l'inverse, les prélèvements à visée
épidémiologique doivent être ensemencés sur
des milieux permettant de sélectionner uniquement les germes
recherchés et de les détecter, même s'ils sont présents
en faible nombre.
En conclusion, s'il est important de savoir réaliser techniquement
un bon prélèvement microbiologique, il est non moins nécessaire
de savoir différencier et individualiser au lit du malade les prélèvements
à visée diagnostique de ceux à visée épidémiologique.
Ces derniers doivent être ciblés et leur recueil organisé,
ce qui a des conséquences importantes sur l'activité du
laboratoire de microbiologie, sur les méthodes de culture utilisées
et sur l'interprétation clinique des résultats. Pour réaliser
cet objectif, des changements profonds des habitudes doivent survenir,
tant chez les équipes soignantes que chez les microbiologistes.
En résumé, pour faire un bon prélèvement,
il faut organiser, cibler, changer les habitudes.
Le rôle de l'industrie - matériel
de prélèvement
P. Sircoulomb (Directeur Marketing, Becton-Dickinson).
« La phase pré-analytique recouvre l'ensemble des étapes
depuis la prescription de l'analyse jusqu'à la présentation
de l'échantillon sur l'analyseur. Les progrès accomplis
ces dernières années en méthodologie, instrumentation
et standardisation de la phase analytique font que l'erreur liée
à la collecte de l'échantillon et aux autres étapes
de la phase pré-analytique est nettement plus importante que celle
de la méthode analytique. » (W. Vot - IXe Congrès
européen de chimie clinique, Cracovie, Pologne, 8-14 septembre
1991).
Le rôle de l'industriel dans la standardisation de la phase pré-analytique
se situe essentiellement à quatre niveaux : intégration
de ses produits dans la chaîne d'assurance de la qualité,
développement de nouveaux produits, information des biologistes
et formation des utilisateurs.
Intégration dans la chaîne d'assurance
de qualité
Le Guide de bonne exécution des analyses de biologie médicale
(GBEA) a été mis en place en tant que référentiel
pour les laboratoires d'analyses. Dans ce sens, il est aujourd'hui l'équivalent
pour les laboratoires de la norme ISO 9002 dans l'industrie. Afin de construire
une chaîne intégrée de la qualité, il est donc
essentiel que l'industriel, en tant que fournisseur de matériel
du laboratoire, soit certifié ISO 9002. Cette certification permet
au biologiste de s'assurer, entre autres, que les produits qu'il achète
correspondent aux spécifications énoncées par le
fabricant (figure).
Développement de nouveaux produits
Le second rôle essentiel de l'industriel est de développer,
en collaboration avec les partenaires industriels (fabricant d'instruments
et/ou de réactifs par exemple) et du monde de la biologie, des
produits nouveaux, correspondant à des besoins réels.
À titre d'exemple, Becton-Dickinson Vacutainer Systems a développé
en collaboration avec Diagnostica Stago, puis validé en collaboration
avec le CHU Henri-Mondor, le tube Diatube®-H, avec solution
de CTAD (citrate, théophylline, adénosine, dipyridamole).
La solution de CTAD permet d'inhiber l'activation du facteur plaquettaire
IV, responsable de l'inactivation de l'héparine dans le sang. Le
tube Diatube®-H permet une stabilité du taux d'héparine
pendant 4 heures, à température ambiante et en sang total,
et donc d'éliminer la principale variable pré-analytique
pour la réalisation des héparinémies.
Informations des biologistes
Le rôle de l'industriel ne se limite pas à l'aspect produit.
Il doit également englober l'aspect service, et, à ce titre,
l'information technique, scientifique et économique des biologistes.
Si le GBEA stipule que « c'est au biologiste qu'incombe le choix
des méthodes optimisées (...) », il est du rôle
de l'industriel d'informer le biologiste sur l'évolution de ces
techniques (nouveaux produits) et de lui apporter le support scientifique
nécessaire (étude de validation) afin que celui-ci puisse
effectuer son choix dans les meilleurs conditions possibles, et mesurer
l'impact économique de ce choix. Ce rôle d'information peut
être effectué de plusieurs manières : documentation
technique et scientifique, études économiques, organisation
de symposium...
Formation des utilisateurs
Depuis des années, Becton-Dickinson Vacutainer Systems consacre
des centaines d'heures de formation, théorique et pratique (au
chevet du patient) aux utilisateurs de ses produits. Cette formation est
un élément clef qui permet d'assurer une utilisation optimale
des produits, c'est-à-dire une utilisation selon les recommandations
validées par le fabricant lui-même. Elle repose sur différents
supports, parmi lesquels on peut citer la formation directe au chevet
du patient, les outils audiovisuels, les posters et guides d'utilisation...
L'industriel a un rôle important à jouer dans la mise en
place d'un système d'assurance de la qualité centré
sur la phase pré-analytique. Il peut en effet apporter une contribution
à plusieurs niveaux clefs : intégration de ses produits
dans la chaîne d'assurance de la qualité, développement
de nouveaux produits, information des biologistes et formation des utilisateurs.
L'industriel peut également mettre son expérience au service
du biologiste (rédaction de procédures...). Il est donc
primordial pour le biologiste de prendre en considération lors
de son choix de matériel, non seulement les critères liés
au produit lui-même (performance, rapport qualité/prix),
mais également la valeur ajoutée que son fournisseur pourra
lui apporter en tant que véritable partenaire dans sa démarche
d'assurance de la qualité.
Le rôle de l'industrie - formation et prélèvement
pour gaz du sang
B. de Nanteuil (Directeur général, Société
Radiometer).
Dans le domaine de l'analyse des gaz du sang, les risques d'erreurs
liés aux prélèvements sont tels qu'une formation
est indispensable pour assurer une bonne qualité de ces résultats.
Cette formation est entre autres dispensée par les industriels,
tant auprès des biologistes que des cliniciens, ou des auxiliaires
médicaux qui effectuent le prélèvement. Dans la chaîne
qui se termine par la valeur des gaz du sang (pH, pO2, pCO2
+ paramètres calculés et/ou électrolytes), le maillon
faible pour le biologiste est la phase pré-analytique qu'il contrôle
mal et dont les risques d'erreurs analytiques se situent aux points suivants
:
- Choix de l'anticoagulant : Pour l'analyse des gaz du sang,
l'héparine est le seul recommandé, l'héparinate de
lithium devient la norme. L'emploi d'héparine sèche lyophilisée
est préférable à l'emploi d'héparine liquide
qui engendre des erreurs de dilution significatives, notamment pour les
électrolytes ou la pCO2.
- Au cours du prélèvement : Une bonne manipulation
évitant la présence de bulles d'air est indispensable. À
titre d'exemple, la présence d'une bulle d'air de 0,01 ml dans
un échantillon de sang de 1 ml peut augmenter de presque 15 % la
pO2 de l'échantillon totalement saturé, conservé
à 4 °C. Par ailleurs, une pO2 de 150 mmHg/20 kPa
peut passer à 171 mmHg/22,8 kPa.
- Le métabolisme au sein de l'échantillon : La
durée de conservation doit être restreinte au minimum, afin
de limiter les modifications des valeurs de l'échantillon. La conservation
d'un échantillon doit se faire dans de la glace fondante ou au
réfrigérateur (entre 0 et 4 °C), pour ralentir le métabolisme
d'un facteur d'au moins dix.
- Introduction de l'échantillon dans l'analyseur : Avant
son introduction dans l'analyseur, l'échantillon doit être
mélangé (pendant au moins 20 secondes) pour qu'il soit bien
homogène et représentatif. Chasser quelques gouttes de sang
sur une compresse est la dernière précaution à prendre
avant de l'injecter lentement dans l'analyseur pour réduire au
minimum l'hémolyse et la libération de potassium dans le
plasma. Suivre scrupuleusement ces règles assure aux cliniciens
une mesure exacte et évite les multiplications traumatisantes de
prélèvements artériels. Sur un plan général,
le prélèvement et la mesure seront effectués avec
le plus grand confort, si les conseils suivants sont aussi pris en compte
: a) lors de la mesure associée des gaz du sang et des électrolytes,
le choix de l'héparine sèche est crucial, car l'héparine,
de par sa nature, a la capacité de fixer les ions chargés
positivement, et en particulier le calcium. L'utilisation d'une héparine
compensée en calcium par fabrication est donc fortement recommandée
pour éviter d'obtenir un biais dans les valeurs du calcium ionisé.
b) Le choix de l'aiguille se portera sur un biseau court et effilé,
permettant une pénétration en douceur et un positionnement
correct dans la lumière de l'artère, avec une gène
minimale pour le patient. c) Le prélèvement sera d'autant
plus confortable pour le patient que le diamètre interne de l'aiguille
est grand (paroi extra-mince) pour favoriser une grande vitesse de remplissage.
En conclusion, l'application du GBEA pour les gaz du sang montre
que le prélèvement et la phase pré-analytique sont
le premier maillon essentiel pour assurer une mesure exacte. Les industriels,
associés aux biologistes doivent se coordonner pour fournir à
tous les acteurs la formation avec les outils adaptés. Depuis plusieurs
années, Radiometer met à disposition sa brochure Prélèvement
artériel : un sans faute, ainsi que sa gamme de systèmes
de prélèvements.
Prélèvement et usurpation d'identité
Maître Jamet (Avocat à la cour de Paris).
Le biologiste se trouve parfois confronté à une situation
susceptible de mettre son exercice en défaut : un patient déclare
une identité qui n'est pas la sienne. De multiples raisons sont
à l'origine de ce comportement : simple souci de préserver
son anonymat, recherche d'un remboursement abusif, obtention de fausses
informations en vue de déclaration erronées ou frauduleuses
(assurances, employeurs, divorce, etc.). Même si les conséquences
ne s'avèrent catastrophiques que dans des cas limités (groupe
sanguin), les biologistes doivent connaître les précautions
à prendre dans les cas où ils suspectent une fausse déclaration.
Qu'est-ce que l'usurpation d'identité relativement
au prélèvement ?
Du contrôle d'identité en général
Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter
de se prêter à un contrôle d'identité. Mais
ce contrôle d'identité doit être effectué dans
des conditions et par des autorités de police bien déterminées
(article 78-1 du Code de Procédure pénale). Les conditions
nécessaires pour permettre ce contrôle sont :
- L'existence d'un indice faisant présumer que la personne a
commis ou tente de commettre une infraction, qu'elle se prépare
à commettre un crime ou un délit, qu'elle est susceptible
de fournir des renseignements utiles à l'enquête en cas de
crime ou délit, ou qu'elle fait l'objet de recherches ordonnées
par l'autorité judiciaire.
- Sur réquisitions écrites du Procureur de la République
aux fins de recherches et de poursuites d'infractions qu'il précise.
- Pour prévenir une atteinte à l'ordre public, notamment
à la sécurité des personnes ou des biens.
- Dans des zones frontalières (20 km) et dans les zones accessibles
au public ouvertes au trafic international, désignées par
arrêté (gares, ports, aéroports...).
Cette réglementation laisse effectivement beaucoup de possibilités
pour permettre de procéder à un contrôle d'identité.
Par contre les personnes qui peuvent effectuer un contrôle d'identité
sont strictement énumérées : ce sont les officiers
de police judiciaire et, sur l'ordre et sous la responsabilité
de ceux-ci, les agents de police judiciaire et agents de police judiciaire
adjoints mentionnés aux articles 16, 20 et 21 du Code de Procédure
pénale (c'est-à-dire les maires et leurs adjoints et les
membres de la police et de la gendarmerie).
La situation du biologiste
Le biologiste ne fait pas partie des personnes indiquées par
la loi pour effectuer un contrôle d'identité. Dans ces conditions,
il n'a pas la possibilité de contrôler l'identité
d'un patient qui vient à son laboratoire pour faire exécuter
un prélèvement en vue d'une analyse médicale. Juridiquement,
s'il a un doute sur l'identité d'une personne qui se présente
pour subir un examen quelconque à son laboratoire, il ne peut pas
exiger une quelconque pièce d'identité. Il n'a que la possibilité
de demander à un officier ou agent de police judiciaire de venir
contrôler l'identité de cette personne. Il faut préciser
également en toute hypothèse qu'aucune obligation n'est
faite aux biologistes de vérifier l'identité de leurs patients.
Cette interprétation est confirmée par deux lettres : ministre
d'État Garde des Sceaux, ministre de la Justice à ministre
des Affaires sociales, ministre de la Santé du 13 juillet 1994
et ministre d'État, ministre de l'Intérieur à ministre
d'État ministre des Affaires sociales du 22 juin 1994.
Bien entendu, le recours à un officier ou agent de police judiciaire
par un directeur de laboratoire pour effectuer un contrôle d'identité
engendre des démarches qui sont difficiles surtout dans les grandes
agglomérations, mais c'est le seul moyen légal de procéder
à un contrôle d'identité d'un patient. Il n'en reste
pas moins que l'importance de la connaissance exacte et complète
de l'identité d'un patient, notamment en sérologie de dépistage
ou pour une détermination de groupe sanguin, est particulièrement
importante et le biologiste doit y veiller particulièrement.
Le personnel du laboratoire doit prendre le plus grand soin pour mentionner
l'identité exacte du patient. Pour cela, il peut demander une pièce
d'identité et reproduire les indications figurant dessus. Si le
client refuse cette communication, qu'il ne peut pas exiger, ou est dans
l'incapacité de la fournir, il doit se satisfaire des indications
données mais peut indiquer sur le compte rendu « identité
non vérifiée ».
Si le biologiste a la certitude que l'identité donnée
par le client est fausse, il ne peut que refuser d'exécuter l'analyse
et faire appel à un officier ou agent de police judiciaire pour
procéder au contrôle d'identité. En cas de non-assistance
à personne en danger ou devant l'impossibilité matérielle
de faire effectuer le contrôle d'identité, il devra indiquer
sur le compte rendu : « identité non vérifiée
» et conserver, si possible, la preuve de sa demande auprès
d'un officier ou agent de police judiciaire.
La responsabilité du biologiste
Du fait que le biologiste n'a pas la possibilité de procéder
à un contrôle d'identité des patients qui viennent
à son laboratoire, il apparaît que ni sa responsabilité
civile, ni sa responsabilité pénale ne sauraient se trouver
engagées, surtout, s'il a bien précisé qu'il n'avait
pas vérifié l'identité. Il ne faut pas oublier également
qu'aucune obligation de vérifier l'identité d'un patient
ne lui est imposée. Comment le rendre responsable d'un contrôle
qui n'est pas obligatoire et que, de plus, il n'a pas la possibilité
de faire ?
En outre, il y a lieu de rappeler également que le fait de prendre
un nom autre que celui assigné par l'état civil ou de changer,
alterner ou modifier ce nom n'est puni par l'article 433-19 du nouveau
Code pénal que s'il en est fait usage dans un acte public ou authentique
ou dans un document administratif destiné à l'autorité
publique et hors les cas ou la réglementation en vigueur autorise
à souscrire ces actes ou documents sous un état-civil d'emprunt.
Cette interprétation a été également confirmée
par les lettres visées ci-dessus.
Bien entendu, il n'en serait plus de même si le biologiste s'était
volontairement rendu complice de l'escroquerie en délivrant sciemment
un compte rendu erroné sur l'identité du patient pour lui
permettre de commettre le délit dont il a connaissance.
Ce sont en définitive, sous réserve de l'appréciation
souveraine des tribunaux, les personnes qui fourniraient des indications
erronées sur leur identité au personnel des laboratoires
qui seraient seules responsables d'un usage frauduleux des documents établis
sur la loi de ces renseignements, surtout s'il est bien indiqué
sur le dit document que l'identité n'a pas été vérifiée.
La pratique libérale
S. Zerah (biologiste, LABM, Bagnolet).
Quelles sont les particularités liées aux prélèvements
en pratique libérale ?
Les problèmes liés aux phases pré et post-analytiques
nous concernent tous, que nous exercions dans le domaine privé
ou public : les problèmes de fond sont les mêmes,
malgré les petites différences. Tout ce qui a été
dit précédemment sur les contraintes spécifiques,
aussi bien en hémostase qu'en microbiologie, sur l'importance des
renseignements cliniques, sur la confidentialité ou la sécurité,
est applicable quel que soit le site.
Les prélèvements effectués
en clinique
Ils sont effectués par des biologistes qui sont ainsi responsables
de la totalité des procédures, du prélèvement
au compte rendu, contrairement au secteur public où le personnel
infirmier fait les prélèvements et où il y a partage
des responsabilités. Les techniciens diplômés, ayant
leur certificat de prélèvements, peuvent prélever
au laboratoire mais pas en clinique, même en présence des
biologistes et bien qu'ils soient dans un environnement médical.
C'est une situation qualifiée d'aberrante mais qui, malheureusement,
n'est toujours pas résolue.
Les prélèvements au laboratoire
Cas de figure le plus favorable, tous les préleveurs diplômés
sont parfaitement formés (biologistes ou techniciens) ; là,
les techniciens ont le droit de prélever. Il est cependant très
important que les procédures soient écrites, contrôlées,
mises à jour et disponibles dans chaque salle de prélèvements.
Ces procédures doivent inclure les conditions de conservation et
de délai de traitement du prélèvement (qui sont,
dans ce cas, optimisées).
Les prélèvements à domicile
Soit, ils sont effectués par le biologiste ou un(e) infirmier(e)
salarié(e) du laboratoire et on retombe sur les cas précédents,
soit ils sont effectués par un(e) infirmier(e) libérale.
Si nous acceptons ces prélèvements, nous devons fournir
aux infirmiers des procédures très précises, remises
à jour régulièrement. Nous devons, en particulier,
insister sur le temps écoulé entre le prélèvement
et son arrivée au laboratoire. Souvent, les prélèvements
sont faits en même temps que les soins, et il est évident
qu'un temps de Quick, une glycémie ou un examen cyto-bactériologique
urinaire ne doivent pas traîner une matinée dans une sacoche.
Remarque générale : Si on est en milieu hospitalier,
privé ou public, et que le malade est dans l'incapacité
de dire son nom, en réanimation par exemple, il faut impérativement
suivre une procédure de vérification d'identité.
S'il est en état de dire son nom, ne pas lui demander : «
Vous êtes bien M. ou Mme Untel », neuf fois sur dix, il
répondra « oui », même s'il n'a pas bien
entendu. Il faut au moins lui demander de dire son nom et son prénom,
s'il n'y a pas de procédure de vérification d'identité.
Table ronde
Les autorités de tutelle se sont fixées un objectif prioritaire,
l'application du GBEA à tous les laboratoires, privés et
publics. Depuis sa parution, fin 1994, chacun a pu observer une prise
de conscience importante de la nécessité d'améliorer
l'organisation des laboratoires, tant en pratique libérale qu'à
l'hôpital. En ce qui concerne la maîtrise de la qualité
des analyses, il est apparu que la phase pré-analytique tient
une place prépondérante : certains auteurs estiment que
80 % des erreurs détectées sont produites durant cette étape.
Dans la mesure où les intervenants ne sont pas nécessairement
sous la responsabilité immédiate du biologiste, cette phase
doit être sécurisée de façon très rigoureuse.
L'acte de prélèvement est réglementé et les
préleveurs doivent être titulaires d'un diplôme officiel.
Le problème de la différence entre titulaires des diplômes
de docteur en médecine et en pharmacie et l'obligation de la présence
du biologiste dans le laboratoire pendant que les techniciens réalisent
des prélèvements font partie des axes de réflexion
actuels des services du Ministère (X. Cornil, Direction générale
de la santé).
À une question à propos de la tenue, à l'hôpital,
d'un registre quotidien sur lequel sont consignées les informations
sur chaque prélèvement parvenant au laboratoire il a été
répondu qu'il n'y avait pas de dérogation à cette
obligation : au titre de la traçabilité, il convient
que tout laboratoire puisse faire la preuve de chacune des demandes qui
lui sont faites. Bien que ce document ne soit pas un relevé utilisable
pour l'archivage des résultats, on peut admettre de cumuler sur
le même registre relevé chronologique et relevé nominatif
avec résultats des patients. Soulignons que séparer registre
chronologique et registre nominatif trouve sa justification dans le cas
des enquêtes de police car seul le relevé chronologique sans
mention de résultat n'est pas soumis au secret professionnel.
Le GBEA comporte, en son chapitre II.5, des dispositions relatives à
l'utilisation par les laboratoires de systèmes informatiques
destinés à apporter une aide à l'enregistrement de
l'ensemble des dossiers de patients et des opérations mises en
uvre pour accomplir la mission de soins. À cette occasion,
il semble nécessaire de rappeler que la loi du 6 janvier 1978 relative
à l'informatique, aux fichiers et aux libertés subordonne
la création d'un traitement informatique portant sur des informations
nominatives à l'accomplissement de formalités auprès
de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. La
CNIL, chargée de veiller à la bonne application de la loi,
peut ainsi s'assurer que les données nominatives seront enregistrées
dans des conditions garantissant leur confidentialité et que les
patients seront informés de leurs droits. Ces formalités
sont obligatoires et doivent normalement être accomplies avant la
mise en uvre du traitement (C. Parrot, CNIL).
La question de la conservation des documents accompagnant le prélèvement
est fréquemment soulevée. Il y a lieu de différencier
les ordonnances (ou prescriptions) médicales, des feuilles de demandes
établies par le personnel infirmier. Les ordonnances, fournies
par le patient au LABM, lui sont restituées en vue du remboursement.
À l'hôpital, les prescriptions médicales sont souvent
orales et saisies par le personnel infirmier lors de la visite. Les feuilles
de demandes d'examens adressées au laboratoire n'ont pas de valeur
juridique, et leur conservation n'est pas soumise à réglementation.
Dans la pratique, les délais de conservation varient de 15 jours
à plusieurs années (D. Duchassaing).
À l'hôpital, où les prélèvements sont
systématiquement réalisés par le personnel infirmier,
la communication biologiste-préleveurs doit être améliorée.
Toutes les conditions doivent être décrites dans les procédures
du laboratoire et être connues de tous les préleveurs. L'élaboration
minutieuse des catalogues et guides de prélèvement constitue
le minimum indispensable. Une information orale complémentaire
devrait être instaurée, avec la collaboration du service
de soins infirmiers. Actuellement, seule l'action pédagogique personnalisée
peut convaincre le personnel de soins de l'importance du respect rigoureux
des procédures organisationnelle. L'accréditation des établissements
de soins devra prendre en considération cet aspect de fonctionnement
des unités de soins. Enfin, les biologistes devraient être
sollicités systématiquement par les instituts de formation
en soins infirmiers afin de dispenser une formation théorique obligatoire
(D. Duchassaing).
À une question sur la signature électronique, A.
Marcelli (Conseil de l'Ordre des médecins) apporte des précisions
: dans un arrêt du 22 mai 1975, la Cour d'Appel de Paris a donné
une définition pertinente de la signature : « constitue
une signature valable, toute marque distinctive, personnelle, manuscrite,
permettant d'individualiser son auteur sans doute possible et traduisant
la volonté non équivoque de celui-ci de consentir à
l'acte ». La possibilité de l'utiliser ne pourra être
examinée avec sérieux qu'après la mise en circulation
de la carte de professionnel de santé (CPS) car ce dispositif assurera
à son porteur en même temps identification, authentification
et intégrité du message associé. Elle seule est susceptible
d'améliorer la sécurité d'une signature. Devant le
silence de la loi, la jurisprudence s'est prononcée, dans le cadre
d'opérations bancaires : un arrêt du 8 novembre 1989 de la
chambre civile de la Cour de Cassation a estimé valide la convention
de la carte de crédit liant la banque à ses clients et contenant
des dispositions sur la preuve des opérations effectuées.
Pour l'instant, et en dehors de la loi du 12 juillet 1980, le législateur
n'est pas intervenu pour définir de façon générale
la valeur probante susceptible d'être accordée aux documents
informalisés. C'est seulement en matière commerciale que
le décret du 29 novembre 1983 dispose que « des documents
informatiques écrits peuvent tenir lieu de livre-journal et de
livre d'inventaire ; dans ce cas, ils doivent être identifiés,
numérotés et datés dès leur établissement
par des moyens offrant toute garantie en matière de preuve ».
Il reste à se demander si, un jour, le législateur admettra
la possibilité qu'un enregistrement électronique puisse
valoir commencement de preuve, par écrit, au sens de l'article
1347 du Code Civil.
Enfin, il est rappelé aux participants que l'Agence du médicament
n'intervient pas directement au niveau du prélèvement, ni
pour le matériel ni pour les additifs : ses compétences
se limitent au contrôle de qualité des analyses biologiques.
On ne peut que déplorer que cette phase si importante pour la qualité
du résultat ne bénéficie pas de la même rigueur
que la phase analytique (Mme Burg).
En conclusion, l'assurance de la qualié est l'une des préoccupations
majeures pour tous les biologistes actuellement. Il est indispensable
de poursuivre la réflexion pour améliorer, non seulement
l'organisation interne des laboratoires, mais également la place
de la « réponse biologique » dans l'environnement plus
général des soins dispensés aux patients. La formation
des biologistes à l'assurance de la qualité devrait faire
partie du cursus de formation universitaire. Les techniciens de laboratoire
doivent également y être sensibilisés au cours de
leurs études. Le GBEA est le référentiel français
actuellement en vigueur. Il doit évoluer pour intégrer les
progrès technologiques et leurs conséquences. Il sera complété
par d'autres directives, portant notamment sur les conditions de prélèvement,
et plus généralement sur la phase pré-analytique.
Si la qualité a un coût, c'est celui de la sécurité,
la non-qualité a une conséquence, la mise en danger des
patients.
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