ARTICLE
Méthodologie
Les structures auditées
Le CHU de Grenoble est un établissement de 2 228 lits, qui a
effectué 151 966 entrées en 1999. L'audit a concerné
l'ensemble des laboratoires et services de biologie de l'établissement.
Les 14 structures auditées ont été, selon le cas,
des unités fonctionnelles, des laboratoires ou des services. La
taille de ces structures est très variable, allant d'une dizaine
à plus de 100 personnes. L'ensemble regroupe 93 biologistes, médecins
ou pharmaciens, et 372 agents, dont notamment 52 cadres médicaux
et 206 techniciennes de laboratoires. L'activité de biologie a
été de 101 795 522 B et 565 040 K pour l'année 1999.
Le référentiel d'audit
L'audit a été réalisé à l'aide d'un
référentiel interne, élaboré par un groupe
de travail multiprofessionnel comportant cinq biologistes et trois cadres
médico-techniques des différents services de biologie, un
médecin méthodologiste de l'unité d'évaluation
et le Directeur qualité de l'établissement. Ce référentiel
a été construit à partir de la deuxième version
du GBEA [5], en incluant les références et critères
du manuel d'accréditation de l'Anaes [6] qui ont été
estimées transposables et applicables aux laboratoires de biologie.
Le référentiel est composé de deux parties : la première
traduit les exigences du GBEA en 216 critères, la deuxième
reprend les critères de l'Anaes applicables aux laboratoires de
biologie, ce qui représente 100 critères, issus pour la
plupart du référentiel Organisation de la prise en charge
des patients (OPC 8 à 15). Le manuel d'accréditation de
l'Anaes permet notamment d'introduire des critères permettant d'évaluer
les relations entre les services cliniques et les laboratoires, pour ce
qui concerne la coordination de la prise en charge des patients, et l'élaboration
de protocoles communs. Le manuel apporte en outre des critères
portant sur la formation, l'évaluation et la mise en place d'indicateurs.
Nous avons de plus incorporé quatre critères portant sur
le fonctionnement du système qualité du service. Le référentiel
comporte donc 320 critères au total.
Traitement des données
L'ensemble des données a été saisi sous tableur
Excel.
Les critères sont évalués et cotés suivant
l'échelle d'appréciation utilisée par l'Anaes pour
l'accréditation : A (le service satisfait totalement à la
référence ou au critère), B (le service satisfait
en grande partie à la référence ou au critère),
C (le service satisfait partiellement à la référence
ou au critère), D (le service ne satisfait pas à la référence
ou au critère), « NA » (la référence ou
le critère ne sont pas applicables au service).
Le taux de conformité des laboratoires aux critères du
référentiel a été établi en rapportant
le nombre de critères ayant été cotés A ou
B au nombre total de critères, pour chaque laboratoire. De même,
concernant l'analyse par domaine du référentiel, nous avons
appelé taux de conformité par domaine, le pourcentage obtenu
pour les critères A et B réunis, comparés au nombre
total de critères concernés par le domaine. Les résultats
ont été calculés sans tenir compte de la référence
NA, et concernent l'ensemble des 14 laboratoires de biologie.
La procédure d'audit
La procédure d'audit comporte, comme la procédure d'accréditation
de l'Anaes, trois phases : l'autoévaluation, la visite et le rapport.
L'autoévaluation est menée par le chef de service, les
responsables qualité et la cellule qualité. Elle consiste
à évaluer et coter la conformité du service au référentiel
d'audit. Cette évaluation se fait par consensus entre les membres
du groupe. Le référentiel renseigné est ensuite envoyé
à l'unité d'évaluation qui organise l'audit. Les
réponses apportées par le laboratoire sont étudiées
par l'équipe d'audit et permettent d'établir une grille
d'audit qui sera utilisée pour questionner le groupe d'autoévaluation,
et pour vérifier dans le laboratoire et « sur pièces
» le niveau de satisfaction aux critères.
La visite dure une journée et réunit le groupe qui a participé
à l'autoévaluation et l'équipe d'auditeurs. Cette
dernière est constituée d'un médecin méthodologiste
de l'unité d'évaluation et d'une qualiticienne. La visite
a pour objectif de vérifier la conformité de l'autoévaluation
avec la réalité du terrain, et d'apporter ainsi des corrections
éventuelles à l'autoévaluation. La visite d'audit
débute par la réunion d'ouverture, où sont rappelés
le domaine d'application, l'objectif et la méthode de l'audit.
Elle se poursuit par l'examen des réponses apportées lors
de l'autoévaluation du laboratoire. Ensuite se déroule la
visite du laboratoire, au cours de laquelle les auditeurs et les responsables
qualité vérifient la réalité de la satisfaction
aux critères sur le lieu de travail. La visite comporte notamment
l'examen de la documentation, qui permet une appréciation de la
formalisation, de la disponibilité, et de la gestion des documents.
Un certain nombre d'entretiens ont lieu avec les personnels du laboratoire
dans le but d'évaluer leur connaissance du système qualité.
À chaque étape de la visite, la cotation des critères
est éventuellement révisée, par consensus entre les
auditeurs et les personnes auditées. Cette révision éventuelle
de la cotation par consensus, qui diffère d'une procédure
classique d'audit, est effectuée pour donner une dimension pédagogique
supplémentaire à l'audit. Enfin, la réunion de clôture
est organisée le soir même ou le lendemain matin. Devant
les audités, et les personnes du service qui ont souhaité
être présentes, les auditeurs présentent la synthèse
des observations réalisées (non-conformités, remarques,
points forts, possibilités d'amélioration, recommandations
sur les suites à donner à l'audit) et leurs conclusions.
Le rapport écrit reprend les conclusions présentées
par les auditeurs et les remarques éventuelles de l'équipe
auditée lors de la réunion de clôture, ainsi que des
informations sur le déroulement de l'audit (auditeurs, personnes
présentes, date de l'audit...). Il est adressé au chef de
service et aux responsables qualité.
Résultats
Conformité au référentiel
Le taux de conformité des laboratoires aux critères du
référentiel est élevé, 76 % en moyenne, et
relativement homogène, variant de 63 à 86 % (tableau
1). Le taux de conformité est plus élevé
pour les critères extraits du GBEA (78 % en moyenne variant de
67 à 85 %) que pour les critères du manuel d'accréditation
de l'Anaes (74 % en moyenne variant de 57 à 87 %).
Les réponses par domaines sont résumées dans le
tableau 2.
La gestion des services et du personnel (58 items,
taux de conformité 80 %)
La conformité est élevée pour la gestion des ressources
humaines (86 %) et le management des services (83 %), alors que l'organisation
du service et la gestion du système d'information obtiennent un
score inférieur (77 %).
Parmi les points forts, on relève notamment, pour la quasi-totalité
des laboratoires, la réunion régulière des conseils
de service, la présence de fiches de fonction et de profils de
postes permettant une bonne connaissance des besoins en formation continue
et un recrutement adapté. Les organigrammes des secteurs d'activité
sont écrits et connus de tous. Une politique de formation du personnel
est en place. Des procédures d'accueil des nouveaux personnels
existent sauf, dans la plupart des services, pour les biologistes, internes
et cadres médicotechniques. Dans plus de la moitié des secteurs,
les procédures définissant les modalités d'information
du personnel en cas de mise en place ou de modification de procédures
sont absentes.
La confidentialité du système d'information et la protection
des données sont assurées de manière très
satisfaisante. Lorsqu'il existe un système informatique du laboratoire
(SIL), il permet de respecter lui aussi la confidentialité et il
existe une sécurisation de l'accès aux données.
Le système qualité (55 items, taux
de conformité 61 %)
Dans tous les laboratoires, le système qualité est défini,
les responsables qualité sont nommés et identifiés,
la cellule qualité est installée et se réunit avec
une régularité qui diffère selon les services ; l'ensemble
du personnel est formé ou en cours de formation aux pratiques qualité
; les laboratoires participent au contrôle de qualité national
et externe dans les secteurs pour lesquels ils existent. Cependant, les
éléments qui permettent de mettre en uvre une démarche
d'amélioration continue de la qualité restent peu développés.
Ainsi, s'il existe des fiches de non conformité des échantillons
dans la plupart des secteurs, elles ne sont pas enregistrées et
des mesures correctrices ne sont en place que dans la moitié d'entre
eux. Le suivi de ces mesures n'est effectué que dans deux laboratoires.
De même, concernant la gestion des dysfonctionnements (internes
et externes), des fiches de recueil existent, sont enregistrées,
et des mesures correctrices sont prises dans cinq services seulement ;
le suivi de ces mesures n'est effectué que dans deux d'entre eux.
De la même façon, des indicateurs de dysfonctionnement ou
de résultats ne sont présents que dans deux laboratoires,
la satisfaction des prescripteurs n'est évaluée que dans
un service. L'efficacité du programme de gestion de la qualité
et de prévention des risques n'est en pratique pas évaluée.
La documentation est adaptée, fonctionnelle et gérée.
Elle est facilement consultable par l'ensemble du personnel. Certains
laboratoires ont élaboré un manuel qualité. Les procédures
et modes opératoires sont connus du personnel et consultés
autant que nécessaire. En revanche, l'évaluation de l'application
de ces procédures n'est pas effectuée de façon formelle.
La réalisation des analyses (59 items,
taux de conformité 76 %)
Ce domaine apporte des résultats contrastés selon la phase
concernée. Si au total 76 % des critères ont été
cotés A ou B, la cotation est plus élevée pour les
phases analytique (89 %) et postanalytique (86 %) que pour la phase préanalytique
(68 %).
La phase préanalytique présente de nombreuses non conformités.
Concernant le prélèvement de l'échantillon, les informations
telles que l'identité et la qualité du prescripteur et du
préleveur ne sont la plupart du temps pas connues (sauf dans quatre
services). Si la date du prélèvement est presque toujours
présente, son heure n'est souvent pas précisée. En
ce qui concerne l'identification de l'échantillon, le nom, le prénom
et la date de naissance du patient sont connus grâce à l'étiquetage.
Les renseignements cliniques sont absents une fois sur deux. Les conditions
de stockage avant l'arrivée au laboratoire, de transport, les incidents
éventuels en cours de transport, sont inconnus deux fois sur trois.
Il faut préciser néanmoins que, hormis la prise en charge
des tubes secondaires, qui se déroule dans le laboratoire et pour
laquelle on ne rencontre aucune non conformité, la maîtrise
de cette phase échappe le plus souvent aux laboratoires, alors
que le GBEA précise qu'elle relève de la responsabilité
du biologiste.
La phase analytique n'est concernée que par cinq items. La réalisation
des analyses présente un score de 100 %, tous les secteurs ayant
des procédures et modes opératoires présents et opérationnels
pour toutes les analyses qui sont effectuées. La validation analytique
est également très satisfaisante (79 %).
Le taux de conformité de la phase postanalytique est élevé.
La difficulté porte sur la validation biologique. La signature
manuscrite est absente dans cinq laboratoires. Le système de transmission
des résultats est organisé et efficace, mais il ne répond
pas toujours aux critères de fiabilité et de confidentialité
en particulier « en bout de chaîne » : la maîtrise
des fax et imprimantes « déportés » dans les services
cliniques échappe aux laboratoires.
La sécurité, l'hygiène et
le risque infectieux (32 items, taux de conformité 87 %)
La sécurité et l'hygiène présentent beaucoup
de points forts. Les procédures concernant l'hygiène et
la sécurité sont disponibles au poste de travail, opérationnelles
et appliquées.
Le risque infectieux est maîtrisé de façon très
satisfaisante. On retrouve notamment des actions de sensibilisation et
d'information du personnel des laboratoires, et de nombreuses procédures
visant à prévenir ce risque. Une amélioration du
recueil et de l'analyse des accidents d'exposition au sang est néanmoins
à apporter.
Fonctions logistiques, installations, archives,
instrumentation et matériels, réactifs (47 items, taux de
conformité 83 %)
Le taux global de conformité est élevé, variant
de 76 % pour la gestion des fonctions logistiques, à 93 % pour
l'instrumentation.
La gestion des fonctions logistiques concerne essentiellement le nettoyage
et l'entretien des locaux et des équipements, et l'existence de
protocoles d'alerte et de lutte contre l'incendie. Si tous les processus
existent et sont en place, il n'y a en revanche pas de contrôle
effectué à périodicité déterminée
dans tous les secteurs.
Les locaux et les zones de stockage sont adaptés, sauf pour les
laboratoires qui pratiquent des analyses de biologie moléculaire.
Les durées de conservation des archives sont globalement bien
respectées, hormis pour les comptes rendus des mesures correctrices
effectuées après les résultats du contrôle
de qualité national. Les locaux d'archives ne sont pas conformes
dans deux secteurs sur trois.
Les registres de maintenance, les comptes rendus de visite et les notices
d'utilisation des appareils sont présents sur le site ; les procédures
sont respectées. Des procédures de remplacement en cas de
dysfonctionnements des appareils sont présentes dans neuf sites
sur quatorze.
L'étiquetage et les conditions de stockage des réactifs
sont conformes. La vérification de la stabilité des réactifs
reste cependant à améliorer.
Le patient et sa prise en charge (42 items, taux
de conformité 74 %)
Dans l'ensemble des laboratoires, que les patients soient reçus
directement dans le service ou non, leurs droits sont bien respectés,
particulièrement en matière de secret professionnel et de
prise en compte des plaintes et réclamations. Les secteurs d'activité
sont informés lorsqu'il existe un contentieux avec un patient.
Des mesures sont prises pour respecter l'intimité des patients
lorsqu'ils sont examinés dans le service.
Des dossiers-patients existent dans la moitié des services, et
ne présentent pas de non conformité majeure. La confidentialité
des données est assurée dans le cadre du laboratoire. Cependant,
un seul laboratoire a défini une politique d'évaluation
et d'amélioration de la qualité des dossiers.
Pour les laboratoires qui reçoivent des patients, la permanence
de l'accueil est assurée et le patient dispose à sa sortie
des informations et des documents nécessaires pour assurer la continuité
de sa prise en charge.
Pour l'ensemble des laboratoires, la coordination des prestations, que
ce soit en interne (entre les différents secteurs de biologie)
ou avec les secteurs médico-cliniques, constitue un point fort.
La permanence du fonctionnement des laboratoires est assurée par
des systèmes de gardes et d'astreintes. Les procédures sont
conformes aux bonnes pratiques. En revanche, l'utilisation des examens
biologiques par les services prescripteurs n'est évaluée
que dans un service sur trois. De même, l'évaluation est
peu développée, que ce soit dans le domaine des protocoles
diagnostiques et thérapeutiques ou des pratiques professionnelles.
Il existe peu d'indicateurs de résultats (dans quatre services)
et aucun événement sentinelle n'a été défini
dans les domaines de la prise en charge des patients et des prélèvements
(un événement sentinelle identifie une occurrence défavorable
qui sert de signal d'alerte et déclenche systématiquement
une investigation et une analyse poussée).
La biologie moléculaire (11 items, taux
de conformité 71 %)
Dans ce domaine, le point fort est constitué par la bonne conformité
des procédures concernant la transmission des résultats,
l'évacuation des déchets et le nettoyage et l'entretien
des locaux. En revanche, en termes de locaux, s'il existe bien trois zones
indépendantes, elles ne sont pas toujours séparées
en trois pièces distinctes.
La recherche biomédicale (16 items, taux
de conformité 93 %)
La conformité est excellente pour les méthodes analytiques,
la transmission des résultats et les documents de travail utilisés.
Les forces et les perspectives
d'amélioration
Au terme de cette analyse par domaine, on peut dégager ce qui
constitue les points forts communs aux laboratoires de l'établissement
et, à l'inverse, les domaines dans lesquels on peut envisager des
actions d'amélioration.
Les points forts
L'organisation des laboratoires est fonctionnelle et connue des personnels.
La gestion des ressources humaines est opérationnelle. Les structures
de gestion de la qualité sont en place. Les responsables qualité
et les membres de la cellule qualité sont bien identifiés
et fortement impliqués. Le personnel est également un acteur
important de cette démarche, bénéficiant d'une politique
de formation dynamique et adaptée. Pour ce qui concerne l'exécution
des analyses, les phases analytique et postanalytique sont très
performantes. La documentation est adaptée et bien organisée,
notamment pour la phase analytique, avec des modes opératoires
qui sont présents et opérationnels pour la quasi-intégralité
des analyses. La consultation de la documentation est très aisée,
les documents étant présents au poste de travail. La maîtrise
du risque infectieux est bonne et les fonctions logistiques obtiennent
un bon niveau de conformité. L'établissement respecte les
droits des patients, ces derniers étant correctement informés.
Les points faibles
Ils se situent pour la plupart dans trois secteurs : la conformité
de la phase préanalytique, la gestion des dysfonctionnements et
l'évaluation.
La phase préanalytique présente de nombreuses non conformités.
Les plus notables concernent la mention des données cliniques ayant
motivé le prélèvement et les renseignements permettant
la traçabilité de l'échantillon (identité
du prescripteur, du préleveur, heure du prélèvement
de l'échantillon, mode de conservation et de transport). Cette
phase, se déroulant essentiellement dans les services cliniques,
échappe de ce fait aux biologistes, ce qui rend les actions correctrices
plus difficiles à entreprendre.
La gestion des dysfonctionnements et des non conformités est
peu développée, le plus souvent réduite à
une saisie des événements. Peu d'indicateurs sont mis en
place (dysfonctionnements, résultats, événements
sentinelles).
L'évaluation est souvent absente. Ainsi, les pratiques professionnelles,
les dossiers, la prescription des examens biologiques, les protocoles
diagnostiques et thérapeutiques, la satisfaction des prescripteurs,
la prise en charge des patients, la gestion des prélèvements,
ne font que rarement l'objet d'une évaluation formelle.
Les perspectives d'amélioration
Elles se déduisent des points faibles et s'appuient sur les forces
de l'établissement. Il s'agit de réorienter le système
de type assurance qualité, qui est bien structuré, vers
un système plus dynamique d'amélioration continue de la
qualité. Pour ce faire, il faut introduire des indicateurs, des
procédures de gestion des dysfonctionnements, et des pratiques
d'évaluation dans tous les domaines sus-cités. De plus,
concernant l'exécution des analyses, il est nécessaire d'améliorer
la performance de la phase préanalytique. Cela passe par des actions
pédagogiques dans les services cliniques, et par le développement
d'actions communes, notamment dans le domaine de la pertinence de la prescription
et de l'utilisation des résultats biologiques.
Commentaires
Si de très nombreux articles discourent des concepts qualité
et de la façon de mettre en place une démarche qualité,
peu de travaux sont consacrés aux résultats de l'implantation
du GBEA dans les laboratoires. Ruffié et al. [7] décrivent
une démarche d'amélioration continue de la qualité
dans un service de biochimie. Une méthode d'évaluation basée
sur des groupes de travail multiprofessionnels est développée.
Les résultats présentés sont différents des
nôtres. Le taux global de conformité est de 52 % (76 % dans
notre étude), qui se décompose en 34 % pour l'acheminement
et la réception de l'échantillon (contre 68 %), 59 % pour
le traitement de l'échantillon (contre 89 %), et 64 % pour la validation
et la transmission des résultats (contre 86 %).
La méthode d'évaluation : l'audit
qualité
Le rôle dynamisant et pédagogique de l'audit
L'audit qualité est un outil essentiel dans l'évaluation
des démarches qualité. Dans les laboratoires, l'audit s'inscrit
alors logiquement dans le prolongement de la longue histoire du recours
au contrôle qualité interne et aux programmes d'évaluation
de la qualité tel que le contrôle de qualité national
[8]. Le recours à l'audit qualité permet, à partir
de l'identification des points faibles, d'engager des actions correctrices,
de suivre leur mise en uvre et de motiver le personnel dans le rôle
difficile de la gestion de la qualité. En cela, il a un rôle
dynamisant et pédagogique [9]. Par ailleurs, le fait que l'audit
soit externe permet une meilleure appréciation de la collaboration
entre les biologistes et les cliniciens [10].
Ainsi, dans notre expérience, le déclenchement de l'audit
a été l'occasion pour certains laboratoires de remettre
au premier plan la démarche qualité. La sollicitation du
chef de service, la mobilisation renouvelée des responsables qualité,
de la cellule qualité, et de nombreux personnels, ont été
autant d'éléments qui ont ramené la qualité
au devant de la scène des laboratoires. Le référentiel
d'autoévaluation a constitué un guide des objectifs à
atteindre. Lors de la phase d'autoévaluation, la discussion sur
la compréhension des critères a souvent permis de se poser
des questions sur les attributions et responsabilités respectives
du laboratoire et des autres secteurs du CHU (gestion des dossiers des
agents, enregistrement et suivi des accidents professionnels). L'examen
des réponses apportées au référentiel a joué
un rôle pédagogique important. En effet, l'utilisation d'un
référentiel fait que chaque critère doit être
compris pour que la réponse soit le reflet de la réalité.
Cela nécessite parfois des explications sur des points dont les
responsables qualité ignoraient auparavant qu'ils aient pu ne pas
être connus ou compris des autres membres du personnel [11]. Plus
généralement, l'audit a permis d'envisager des méthodes
d'amélioration continue de la qualité. La réflexion
sur la gestion des dysfonctionnements, l'évaluation et les indicateurs,
a débuté dès l'audit, préludant à la
constitution des groupes de travail qui allait suivre.
Les difficultés rencontrées
Depuis quelques années, certains auteurs remettent en question
l'intérêt de l'audit, en particulier de l'audit externe pour
évaluer le système qualité, au profit de l'évaluation
par des groupes de travail internes. Koeck [12] s'appuie sur une étude
réalisée dans l'industrie qui montre que les entreprises
qui utilisent des groupes de travail ont des meilleurs résultats
en termes d'amélioration de la qualité que celles qui utilisent
l'audit. Selon lui, le monde de l'industrie croit de moins en moins dans
les méthodes d'évaluation externe. Outre le fait d'engendrer
des résultats moindres, on reproche à l'audit de placer
les audités en position d'accusés et de s'attaquer à
leur autonomie professionnelle ; et cela bien qu'il soit établi
que « mesurer pour améliorer n'est pas mesurer pour juger
» [13, 14]. Pour ce qui nous concerne, nous avons constaté
une certaine tension lors de la réunion d'ouverture dans la plupart
des laboratoires. Dans un cas, l'audit a été vécu
comme une inspection par l'ensemble du laboratoire. Dans quelques autres
cas, les responsables qualité ont cru devoir justifier certains
points faibles du système qualité de leur laboratoire devant
leur chef de service. Dans la plupart des cas cependant, l'audit que nous
avons réalisé n'a pas été vécu de façon
coercitive.
L'audit interne
Les effets négatifs que nous avons observés ont donc été
minimes. On peut raisonnablement penser que cela est dû au choix
que nous avons fait de réaliser un audit interne. En effet, l'audit
a été réalisé par l'unité d'évaluation
médicale de l'établissement, qui est une structure médicale,
externe à la biologie et interne au CHU. Ce choix nous paraît
susciter moins de craintes et de résistances qu'un audit externe,
tout en préservant le principe d'indépendance. L'indépendance
des auditeurs garantit un examen objectif de la situation. Ce ne serait
pas le cas si les auditeurs provenaient d'un laboratoire qui soit en collaboration
ou, plus encore, en concurrence avec le laboratoire audité [9].
En revanche, considérant que le bon fonctionnement de groupes de
travail structurés est la base du développement de l'amélioration
continue de la qualité [15], nous avons préparé l'audit
et élaboré le référentiel dans le cadre d'un
groupe de travail regroupant des biologistes des différents laboratoires.
Ainsi, les résultats n'ont pas été remis en question,
et nous avons pu observer tous les aspects positifs que nous avons développés.
Les perspectives d'avenir
L'amélioration de la phase préanalytique nécessite
une transversalité importante. En effet, les lieux de prélèvement
sont dispersés dans les services cliniques, qui méconnaissent
fréquemment les règles de fonctionnement des laboratoires
[16]. En outre, les objectifs qualité des laboratoires sont souvent
mal compris, considérés comme allant de soi, voire sous-estimés
par les cliniciens [11]. Un catalogue des actes de biologie, que nous
avions édité dès le début de la démarche,
et qui est accessible à tous grâce au réseau intranet,
est en cours d'intégration dans un système de prescription
connectée. Des groupes de travail mixtes, associant biologistes
et cliniciens, élaborent des procédures d'aide à
la prescription des examens biologiques, afin d'en améliorer la
pertinence et l'efficacité [8, 16].
La mise en place d'indicateurs est une des premières retombées
de l'audit. D'ores et déjà, un groupe de travail sur les
indicateurs utilisables en biologie a été mis en place.
Vingt-six indicateurs ont été décrits. Ils couvrent
l'ensemble de l'activité des laboratoires. Ainsi, pour la phase
préanalytique, on peut mesurer le taux de renseignement des bons
de demande d'examens ou le taux d'erreur d'étiquetage. Concernant
la phase analytique, on peut suivre, selon le cas, le taux de contamination
ou le nombre de contrôles hors-normes. Le taux de comptes rendus
non signés ou le délai de transmission des résultats
peuvent être utilisés pour la phase postanalytique. Le taux
de pannes, le pourcentage de révision des appareils et les contrôles
métrologiques permettent de tracer le fonctionnement du laboratoire.
Concernant la gestion du personnel, des indicateurs tels que le nombre
d'accidents du travail, la mesure mensuelle de l'absentéisme, le
nombre annuel d'agents ayant suivi une formation continue, peuvent être
mis en place. Pour chaque indicateur, ont été définis
la méthode de recueil et le mode de suivi. Deux indicateurs seront
installés dans tous les laboratoires et seront suivis par la structure
qualité commune à la biologie : le taux de révision
des procédures et modes opératoires (évaluation du
dynamisme du système qualité) et le nombre de ruptures de
stock des différents consommables (maîtrise de la gestion
des stocks). Les services qui le souhaitent pourront en outre suivre d'autres
indicateurs.
CONCLUSION
L'audit que nous avons réalisé, à partir d'un référentiel
qui associe les critères du Guide de bonne exécution des
analyses de biologie médicale et du manuel d'accréditation
des établissements de santé, nous est apparu comme un outil
satisfaisant pour évaluer le système qualité des
laboratoires. Cet audit mené par une équipe interne à
l'établissement, mais ne comportant pas de biologistes appartenant
aux laboratoires audités, a permis l'indépendance des auditeurs,
tout en minorant les craintes qu'une telle évaluation pourrait
susciter, notamment la peur d'être jugé et la perte d'indépendance
professionnelle. Cet audit a joué un rôle dynamisant et pédagogique
majeur, relançant la démarche qualité dans certains
laboratoires. Il nous a permis de mettre en évidence la nécessité
de développer de nouvelles actions telles que l'élaboration
de procédures d'aide à la prescription des examens biologiques
et la mise en place d'indicateurs.
L'audit a en outre permis de mettre en évidence la difficulté
qu'il y a à passer d'une démarche essentiellement normative
à l'amélioration continue de la qualité (basée
sur le repérage et la correction des dysfonctionnements).
Article reçu le 16 novembre 2000, accepté le 22 janvier 2001.
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