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De nombreuses souches de l'espèce Escherichia coli
(E. coli) sont des hôtes normaux du tractus gastro-intestinal
de l'homme et des animaux, mais elles peuvent également être
à l'origine de désordres gastro-intestinaux. Il est possible
de trouver ces bactéries dans d'autres localisations, par exemple
l'appareil génito-urinaire ou des plaies chirurgicales. Les souches
produisant les toxines dangereuses mises en évidence sur des cultures
cellulaires, cellules Vero (cellules rénales du singe vert d'Afrique),
sont appelées Escherichia coli producteurs de vérocytotoxines
ou VTEC. Ces souches sont à l'origine de colites hémorragiques
chez l'homme et peuvent entraîner, dans certains cas, la mort.
En 1947, une classification utilisant le sérotypage a été
développée ; elle était basée sur l'identification
des antigènes de surface des bactéries E. coli (antigènes
O somatiques). Cette classification a permis de diviser le groupe E.
coli en 170 sérogroupes différents. Dans chacun de ces
sérogroupes, un nombre variable de sérotypes a pu être
caractérisé en utilisant d'autres structures présentes
à la surface des bactéries : les antigènes H flagellaires.
Le sérotype particulier E. coli O157:H7 est fréquemment
producteur de vérocytotoxines ou vérotoxines.
Tout au long de cette revue, une convention d'écriture va être
utilisée. Quand le terme VTEC est indiqué, il inclut les
E. coli producteurs de vérotoxines appartenant à
tous les sérogroupes. Le terme E. coli O157 est utilisé,
quant à lui, lorsque l'on fait référence à
des souches de E. coli de ce sérogroupe sans préciser
l'antigène flagellaire, soit parce qu'il n'est pas connu, soit
parce qu'il n'est pas spécifié dans la littérature.
Enfin, le terme E. coli O157:H7 est employé quand on fait
référence à la bactérie de ce sérotype
particulier seulement, intéressant car fréquemment producteur
de vérotoxines.
Étude clinique
et pathogénicité des VTEC
Symptômes et évolution
L'incubation est normalement de trois à quatre jours, mais des
périodes plus longues de cinq à huit jours ou plus courtes
de un à trois jours ne sont pas exceptionnelles. Les infections
au VTEC sont associées à des tableaux cliniques variés,
allant de diarrhées bénignes à des colites hémorragiques
pour la moitié des cas. Ces dernières se compliquent parfois
au bout de quelques jours d'un syndrome hémolytique urémique.
On observe plus rarement des purpuras thrombocytopéniques thrombotiques,
généralement sans prodrome diarrhéique. Syndromes
hémolytiques urémiques et purpuras thrombocytopéniques
thrombotiques peuvent entraîner la mort. Du pus est rarement trouvé
dans les selles et la fièvre est inhabituelle pendant les épisodes
de diarrhée. Les symptômes rétrocèdent généralement
au bout de deux semaines. Il est probable que les cas de diarrhées
non hémorragiques soient plus nombreux que ceux effectivement rapportés,
compte tenu de leur moindre gravité. Une faible proportion des
infections, habituellement entre 2 et 7 %, mais jusqu'à 30 % selon
une publication anglo-saxonne, évolue réellement en syndrome
hémolytique urémique [1]. Les enfants de moins de 5 ans
et, à un moindre degré, les personnes âgées
sont plus sujets à développer le syndrome hémolytique
urémique. Ce dernier est caractérisé par une anémie
hémolytique micro-angiopathique, une thrombocytopénie, une
insuffisance rénale et des symptômes nerveux centraux. C'est
une affection sévère, nécessitant souvent une réanimation
du patient, avec 3 à 5 % de mortalité chez les jeunes enfants
et 12 % de séquelles rénales sévères, de lésions
neurologiques ou d'hypertension [2].
Le purpura thrombocytopénique thrombotique, quant à lui,
doit être considéré comme une extension du syndrome
hémolytique urémique avec en plus de la fièvre, une
thrombopénie importante, de sérieux désordres neurologiques
et circulatoires. Il affecte plus souvent les enfants et son pronostic
est sombre. Le taux de syndromes hémolytiques urémiques
dans les infections sporadiques à E. coli O157:H7 avec diarrhées
sanglantes est estimé à 10 %. Il dépasse 10 % parmi
les personnes ayant des diarrhées sanglantes assez sévères
pour décider une hospitalisation [1, 3].
Facteurs de virulence
Les VTEC ont plusieurs facteurs de virulence actuellement bien connus.
Ils produisent une ou plusieurs vérotoxines, possèdent le
gène d'attachement et d'effacement (eaeA), des hémolysines
apparentées à l'hémolysine a et un plasmide codant
pour une protéine de 60 MDa pour les souches E. coli O157:H7.
* Vérotoxines. Les VTEC sont caractérisés
par leur capacité à produire une ou plusieurs cytotoxines
appelées vérotoxines car elles sont capables de tuer in
vitro les cellules Vero ou HeLa en stoppant de façon irréversible
leur multiplication par inhibition de la synthèse protéique.
Elles sont regroupées sous le terme de vérotoxines, appelées
également Shiga-like toxin en raison de leurs similitudes
avec la toxine de Shigella dysenteriae type 1. Actuellement, une
nouvelle nomenclature les nomme toxines STX.
Des études ont montré qu'il existait plusieurs types de
vérotoxines : STX1, STX2 (les plus fréquentes) et plusieurs
variants de STX2 (STX2c et STX2e) [4]. STX2c est surtout retrouvée
chez les souches de E. coli impliquées dans la maladie de
l'dème du porc. L'effet cytopathogène de la vérotoxine
STX1 est neutralisé par des anticorps anti-Shiga toxin,
les deux protéines ayant des activités biologiques similaires
[5]. En revanche, STX2 et les variants de STX2 sont antigéniquement
différents de STX1, leur action n'est pas neutralisable par l'antisérum
polyclonal anti-Shiga toxin. La majorité des VTEC produisent
STX2 avec ou sans STX1, une minorité produisant STX1 seule.
L'homologie entre STX1 et STX2 (séquences nucléotidiques
et acides aminés) varie de 55 à 60 % avec des régions
de faible ou de très haute homologie. Ces gènes stx1
et stx2 sont composés d'une sous-unité A et de sous-unités
B, organisées en un seul opéron. La sous-unité A
code pour la sous-unité A de la toxine. Il s'agit d'une enzyme
qui coupe le lien glycosidique au site 4234 de l'ARN ribosomal 28S appartenant
à la sous-unité ribosomale 60S des cellules hôtes,
bloquant ainsi l'élongation peptidique. Les 5 sous-unités
B fixent la toxine au niveau d'un glycolipide membranaire des cellules,
appelé globotriosylcéramide (Gb3). Certains variants de
STX2, cependant, se lieraient plus facilement aux globotétraosylcéramides
(Gb4) [3].
Ainsi, dès que la toxine est attachée au récepteur
cellulaire par les sous-unités B, sa sous-unité A entre
dans la cellule et inhibe la synthèse protéique, entraînant
dans certains cas la mort cellulaire. Les gènes de structure codant
pour les toxines STX1 et STX2 sont portés par des bactériophages
convertisseurs (les souches lysogénisées par ces phages
acquièrent la capacité de produire la toxine correspondante)
[5]. Les gènes de la Shiga toxin de Shigella dysenteriae
type 1 ressemblant par leurs structures et leurs fonctions à
STX1 sont situés sur le chromosome [6].
De très grandes quantités de vérotoxines peuvent
être mises en évidence dans les selles de malades atteints
de diarrhées hémorragiques ou de syndromes hémolytiques
urémiques, mais aussi dans les selles de malades sans diarrhées
hémorragiques. Les vérotoxines sont à l'origine de
la destruction des cellules intestinales, surtout du côlon, expliquant
les épisodes nombreux de diarrhées aqueuses puisque les
cellules intestinales ont perdu leur capacité d'absorption des
liquides, fonction normale de celles-ci. Lorsque les vérotoxines
endommagent la paroi des vaisseaux du côlon, les malades présentent
du sang dans les selles (diarrhées hémorragiques) [3].
Les vérotoxines injectées par voie intraveineuse à
des souris se localisent dans l'intestin mais aussi dans la moelle épinière
et le cerveau et, d'une manière générale, dans tous
les organes possédant les sites ou récepteurs d'attachement
des vérotoxines. Les malades présentant de graves syndromes
hémolytiques urémiques ont des lésions rénales
et d'autres organes comme le pancréas et le cerveau. Il a été
émis l'hypothèse que ces effets systémiques sur des
organes éloignés pouvaient résulter d'une distribution
sanguine des vérotoxines à ces organes vitaux. Cependant,
à l'heure actuelle, il n'y a pas de preuve évidente de la
présence de vérotoxines dans le sang des patients atteints
d'infection au VTEC ou ayant de graves complications.
* Attachement et effacement. Des études ont montré
que les VTEC ont la capacité de causer des lésions d'attachement
et d'effacement (A/E) et possèdent le gène « d'attachement
et d'effacement » ou eaeA localisé sur le chromosome.
Ce dernier code pour une protéine de la membrane externe, l'intimine,
qui provoque une accumulation de microfilaments d'actine plus ou moins
dépolymérisés aux zones de contact cellules-bactéries,
causant des lésions d'attachement-effacement dans la muqueuse intestinale.
Selon Pearson et al. [7], pendant l'attachement la cellule se comporte
comme un véritable socle très solidaire de la bactérie.
Dans les jours qui suivent, la bactérie pénètre dans
les espaces intercellulaires entraînant une ulcération, un
gonflement des tissus atteints et la destruction (effacement) des microvillosités.
Même si les études faites en laboratoire ont pu dévoiler
quelques aspects du mécanisme d'adhésion des VTEC aux cellules
intestinales, il reste encore à l'heure actuelle à élucider
quels sont les autres facteurs également mis en cause dans ce processus
d'attachement-effacement [2].
* Hémolysine. Une hémolysine est produite par toutes
les souches de E. coli O157:H7 et par environ 90 % des souches
de VTEC. L'entérohémolysine (E-Hly), produite par
E. coli O26, semblerait être génétiquement
et immunologiquement distincte de l'a-hémolysine de E. coli.
Elle est codée par un bactériophage convertisseur. L'hémolysine
spécifique de E. coli O157 est apparentée à
l'hémolysine a. Son gène est porté par un plasmide
de 90 Kpb appelé pO157 [8].
Épidémiologie
La plupart des infections à E. coli O157:H7 sont d'origine
alimentaire. Il est vrai toutefois que la transmission de type oro-fécal
et interhumaine a été citée dans la littérature,
mais elle demeure rare. C'est la raison pour laquelle nous nous limiterons
dans ce chapitre à l'origine alimentaire et à l'étude
des aliments responsables d'infections à E. coli O157:H7.
Accidents alimentaires et aliments responsables
De 1982 à 1993, 19 accidents alimentaires à E. coli
O157:H7 ont été répertoriés aux États-Unis.
Ils sont apparus dans des écoles, des centres de soins journaliers,
des maisons de retraite et des prisons. Ces accidents alimentaires ont
pu être mis en évidence grâce à l'émergence
de nombreuses hospitalisations dues à des syndromes hémolytiques
urémiques ou des purpuras thrombocytopéniques thrombotiques,
ou plus généralement des diarrhées hémorragiques.
La plupart de ces accidents alimentaires étaient dus à des
aliments d'origine bovine et, plus précisément, à
des steaks hachés qui avaient eu une cuisson insuffisante pour
inactiver ou détruire les coliformes. D'une manière générale,
quand la viande est impliquée dans ces accidents, soit elle est
insuffisamment cuite, soit elle est restée pendant une durée
suffisamment longue à une température permettant la croissance
bactérienne [2].
En janvier 1993, la plus grande épidémie à E.
coli O157:H7 est survenue dans l'État de Washington ; quelques
cas ont également été mis en évidence dans
le Nevada, en Californie et en Idaho. Tous ces accidents étaient
rattachés à une même origine alimentaire : des hamburgers
commercialisés par des restaurants appartenant à une même
chaîne de restauration rapide. Au total, 732 personnes ont été
infectées. Parmi elles, 195 ont été hospitalisées
et 55 ont développé un syndrome hémolytique urémique
ou un purpura thrombocytopénique thrombotique ; il y eut 4 morts.
L'âge moyen des malades était de 7 ans et demi. Depuis lors,
d'autres épidémies à E. coli O157:H7 sont
apparues aux États-Unis et ont mis également en cause des
steaks hachés de buf insuffisamment cuits [9-11].
Les steaks hachés de buf ont également été
à l'origine d'épidémies à O157:H7 au Royaume-Uni
[12], mais le plus grave accident alimentaire survenu dans ce pays a concerné
plus de 100 Écossais en 1994. L'infection était associée
à la consommation de lait très certainement contaminé
après pasteurisation [13].
Un accident important survenu dans le Missouri entre décembre
1989 et janvier 1990 était, quant à lui, certainement rattaché
à l'eau de boisson. E. coli O157 n'a pu être isolé
des échantillons d'eau analysés, mais le nombre de malades
a décliné de manière spectaculaire après la
chloration de l'eau. C'est ainsi que Swerdlow et al. [14] ont émis
l'hypothèse d'une contamination de l'eau par des eaux d'égout
lors de travaux de réparation des canalisations.
Un autre cas d'accident alimentaire et de syndrome hémolytique
urémique a été cité dans le Massachusetts
en 1991. La maladie était associée à l'absorption
de cidre de pommes non fermenté. Le cidre de pommes utilisé
aux États-Unis est comparable au jus de fruits consommé
en France, à la différence toutefois que les pommes sont
simplement ramassées sur le sol et ne sont pas du tout lavées
avant leur utilisation. D'autre part, ce cidre de pommes n'était
pas pasteurisé et aucun conservateur n'était ajouté.
Des études complémentaires ont montré que E. coli
O157 était tout à fait capable de survivre pendant plusieurs
jours dans des cidres de pommes réfrigérés présentant
un pH inférieur à 4 [15, 16]. La même année
(1991), en Angleterre, était isolée dans des yaourts au
lait cru une souche de E. coli O157:H7, à l'origine de 49
malades dont 11 étaient des enfants de moins de 10 ans ; 5 d'entre
eux ont développé un syndrome hémolytique urémique.
Pour illustrer encore l'extrême variété des aliments
pouvant être responsables des accidents à E. coli
O157, citons également l'exemple de cette mayonnaise expliquant
l'émergence de nombreux cas de syndromes hémolytiques urémiques
en 1993 aux États-Unis. Weagant et al. [17] ont démontré
par la suite la possibilité qu'avait E. coli O157 de survivre
pendant un temps court dans une mayonnaise stockée à 25
°C et pendant des périodes longues lorsque cette mayonnaise
était stockée à des températures de réfrigération.
Un autre exemple d'accident alimentaire met en cause cette fois-ci des
produits végétaux, et plus particulièrement des salades.
Cet accident est survenu dans le Maine et concernait une famille dont
les habitudes alimentaires consistaient à ne manger que des légumes
produits dans le jardin, ce dernier étant régulièrement
fertilisé avec le fumier de la vache et du veau de l'exploitation
[16]. Bien que la présence de E. coli O157 n'ait pu être
démontrée dans des échantillons de selles des deux
animaux responsables, ces derniers présentaient des taux importants
d'anticorps anti-E. coli O157. D'autre part, E. coli O157:H7
a pu être isolé dans le sol fertilisé du jardin. Selon
Cieslak et al. [16], il est important de garder à l'esprit
que les engrais d'origine animale (fumier) peuvent contenir des souches
de E. coli O157:H7. Il faudrait par conséquent éviter
de contaminer les récoltes, les salades et les fruits en n'utilisant
plus ce type d'engrais.
L'importante épidémie survenue au Japon en juillet 1996
a concerné 9 000 malades, dont 6 000 enfants scolarisés
dans la ville de Sakaï et 2 000 autres dans des crèches à
Habikino près d'Osaka. Neuf enfants sont morts à la suite
d'un syndrome hémolytique et urémique. L'aliment incriminé
n'est pas encore déterminé de manière formelle. Cependant,
il y a de fortes présomptions qu'il s'agisse de pousses de radis
mises en culture dans une ferme à Habikino [18].
Le Center for Diseases Control d'Atlanta estime que 20 000 infections
avec 250 morts sont liées à E. coli O157:H7 aux États-Unis
[3].
Les VTEC sont également des agents pathogènes importants
dans les pays de l'hémisphère Sud, comme l'Argentine, l'Australie
et l'Afrique du Sud. Outre le sérotype O157:H7, les sérotypes
les plus fréquemment rencontrés sont O26, O111 et O103.
En France, une étude sur les patients atteints de syndrome hémolytique
urémique hospitalisés entre 1975 et 1991 a pu mettre en
évidence six souches de VTEC isolées dans les selles de
69 enfants. Ces six souches étaient toutes du sérotype O103:H2.
Ce sérotype est communément associé à la diarrhée
chez les lapins. Cependant, une étude génotypique menée
chez les souches de lapins interdit l'hypothèse d'une transmission
horizontale du lapin vers l'homme [19]. D'une manière générale,
la situation en France est mal connue avec des phénomènes
épidémiques de faible importance. Plusieurs éclosions
de cas groupés de syndromes hémolytiques urémiques
ont été signalées (Tarn-et-Garonne en 1989, Oise
en 1992, Cher en 1992-1993, Ardèche en 1994). L'épidémie
de l'Oise a concerné 10 enfants ayant un âge moyen de 6 ans.
Le VTEC O111:H38 a pu être isolé chez 5 enfants. La transmission
interhumaine et la consommation d'un aliment commun actuellement non identifié
ont été suggérées. L'épidémie
du Cher (4 cas incluant 3 enfants de moins de 2 ans atteints d'un syndrome
hémolytique urémique) a pu être reliée à
une origine alimentaire : fromage frais au lait cru de fabrication artisanale.
L'épidémie de l'Ardèche (4 cas) est en cours d'investigation.
Fréquence de E. coli O157:H7 et
des VTEC
chez l'animal et dans les denrées alimentaires
* Chez l'animal. Une étude de E. coli isolé
d'animaux malades en Angleterre et au Pays de Galles entre 1986 et 1991
a été réalisée par Wray et al. [20]
; 2,8 % des souches isolées d'origine bovine, 6,1 % de celles isolées
chez le mouton et 4 % des souches isolées chez le porc produisaient
des vérotoxines. Les souches d'origine porcine étaient regroupées
principalement dans les sérogroupes O138, O139 et O141 communément
associés dans la maladie de l'dème du porc.
Les VTEC ont été également isolés dans le
tractus gastro-intestinal d'animaux sains. Dans une étude réalisée
aux États-Unis, les VTEC ont été mis en évidence
chez 8,4 % de vaches laitières saines et 19 % de génisses
et de veaux [21]. Des résultats similaires ont été
obtenus dans une étude canadienne qui indiquait que le taux d'infection
des cheptels variait de 0 à
60 % pour les vaches et de 0 à 100 % pour les veaux [22]. Les souches
de VTEC isolées dans ces différentes études appartenaient
à différents sérogroupes, dont certains étaient
connus pour être pathogènes pour l'homme.
Ces résultats suggèrent que les bovins constituent un
réservoir pour la diffusion des VTEC.
Outre les VTEC, de nombreuses études ont concerné le seul
sérotype O157:H7. Ce dernier a été isolé dans
des cheptels apparemment sains, et plus précisément des
veaux laitiers et des vaches laitières. Selon Garber et al.
[23], les veaux seraient trois fois plus susceptibles d'héberger
des E. coli O157:H7 après le sevrage qu'avant. À
l'occasion d'une étude dans 28 États différents des
États-Unis, concernant plus de 1 000 cheptels de vaches laitières
et incluant l'examen d'échantillons de fèces provenant de
7 000 veaux non sevrés, E. coli O157:H7 ont pu être
isolé chez 25 veaux appartenant à 19 cheptels. Dans une
étude ultérieure, Zhao et al. [24] ont pu montrer
que 11 cheptels préalablement négatifs pour E. coli
O157:H7 devenaient positifs pour cette bactérie ; inversement,
7 des cheptels positifs pour la présence de E. coli O157:H7
se retrouvaient 3 mois après négatifs. Ces résultats
suggèrent que l'infection des cheptels à E. coli
O157:H7 est transitoire et qu'elle nécessite l'examen de nombreux
animaux sur une période assez longue.
Ainsi, il semblerait que les VTEC non-O157 soient plus répandus
chez l'animal que les E. coli O157:H7. Mais la pauvreté
de la bibliographie sur les VTEC non-O157 explique qu'à l'heure
actuelle nous ne sachions pas si réellement les VTEC non-O157 doivent
dans tous les cas être considérés comme pathogènes
pour l'homme.
* Fréquence dans les denrées alimentaires. La fréquence
importante des VTEC chez les animaux explique la présence de ces
bactéries dans les denrées alimentaires. Dans une étude
menée au Royaume-Uni, E. coli O157:H7 a été
isolé dans de la viande hachée de buf (3,7 %), porc
(1,5 %), volaille (1,5 %), agneau (2 %). Dans une autre étude,
les VTEC non-O157:H7 ont été isolés dans de la viande
de buf (23 %), porc (4 %), agneau (48 %), veau (63 %), poulet (12
%), dinde (7 %), poisson (10 %) et coquillage (5 %). D'une manière
générale, la contamination des denrées alimentaires
par les VTEC est toujours plus importante que leur contamination par le
seul sérotype O157:H7 [9].
* Doses infectieuses. Le nombre de bactéries nécessaires
pour produire l'infection semble être bas et la maladie peut apparaître
après l'ingestion de moins de 100 bactéries. En effet, dans
l'important accident alimentaire à O157:H7 survenu aux États-Unis
en 1993, seulement
40 bactéries par gramme ont provoqué la maladie. D'autre
part, dans un épisode récent survenu au Pays de Galles,
seulement 2 bactéries par 25 grammes ont été isolées
de la viande hachée à l'origine de l'accident alimentaire.
En outre, Burnens et al. [25] rapportent une infection à
O157:H7 acquise au laboratoire mettant en cause un très faible
nombre de bactéries [2].
Méthodes d'isolement
et d'identification des E. coli O157:H7 et des VTEC dans l'aliment
De nombreuses techniques permettant l'isolement et la détection
des E. coli vérotoxiques dans les aliments ont été
mises au point. D'une manière générale, elles peuvent
être divisées en trois catégories : l'utilisation
des caractéristiques biochimiques spécifiques à E.
coli O157:H7 (c'est-à-dire l'incapacité à fermenter
le sorbitol et une activité b-glucuronidase négative), l'utilisation
de sondes ADN-spécifiques des vérotoxines ou de marqueurs
associés aux E. coli producteurs de vérotoxines,
des tests immunologiques utilisant des anticorps dirigés contre
les vérotoxines ou l'antigène O157:H7 avec l'utilisation
conjointe de membranes filtrantes hydrophobes.
Isolement et détection de E. coli
O157:H7
* Utilisation des caractéristiques biochimiques de E.
coli O157:H7. La plupart des réactions biochimiques de E.
coli O157:H7 sont typiques des E. coli, avec l'exception toutefois
du sorbitol et de l'activité
b-glucuronidase. Environ 93 % des souches de E. coli d'origine
humaine fermentent le sorbitol en 24 heures ; à l'inverse, E.
coli O157:H7 ne fermente pas le sorbitol [26]. Mais, dans différentes
études récentes, les souches VTEC du sérotype O157
fermentaient le sorbitol en 24 heures. La prévalence de ces souches
particulières est actuellement non connue, mais il apparaît
évident que ces dernières n'auraient pu être mises
en évidence par les méthodes officielles de contrôle
des aliments décrites ci-après.
En outre, 93 % des E. coli sont b-glucuronidase positifs ; à
l'inverse, la grande majorité des VTEC ne produisent pas de b-glucuronidase
[27].
Des études concernant la croissance de E. coli O157:H7
dans le bouillon trypticase-soja ont montré que cette bactérie
se développait rapidement à des températures comprises
entre 30 et 42 °C, avec un temps de génération de 0,49
heure à 37 °C atteignant 0,64 heure à 42 °C.
Ainsi, cette bactérie croît difficilement à des
températures de 43-44 °C et ne présente aucune croissance
au bout de 48 heures à 10 ou 45 °C [28]. Les méthodes
d'isolement et de dénombrement des coliformes fécaux dans
les aliments utilisent des températures d'incubation de 44 °C
à 45 °C. À ces températures, E. coli
O157:H7 ne pourrait pas être détecté.
Le fait que la dose infectieuse de E. coli soit basse a obligé
les chercheurs à mettre au point des systèmes d'identification
suffisamment sensibles (en tout cas plus sensibles qu'un simple repiquage)
et les a conduit à développer de nombreux milieux d'enrichissement
pour permettre aux cellules bactériennes de se multiplier jusqu'à
des niveaux détectables.
De nombreux milieux d'enrichissement pour les VTEC O157 ont été
étudiés. Citons notamment une modification du bouillon trypticase-soja
additionné de novobiocine ou d'acriflavine pour réduire
le nombre des organismes à Gram positif. Un autre milieu d'enrichissement
consiste en de l'eau peptonée tamponnée additionnée
de vancomycine, de cefsulodine et de céfixime pour empêcher
la croissance des bactéries à Gram négatif comme
Aeromonas spp. et Proteus spp. [29].
Après croissance dans le milieu d'enrichissement, un grand nombre
de méthodes peuvent être utilisées pour la détection
des colonies de E. coli O157.
Dans le but de réduire notamment la durée des analyses
microbiologiques et pour éviter les faux négatifs associés
aux systèmes de détection rapide (interférences avec
la matrice alimentaire et bruits de fond des autres micro-organismes présents
dans l'aliment, manque de sensibilité), de nombreuses équipes
de chercheurs se sont intéressées au développement
de techniques de type séparation-concentration. Ces techniques
sont représentées notamment par la centrifugation, la filtration,
des systèmes bio-absorbants à base de lectine, des systèmes
biphasiques aqueux et les ultrasons.
Il semblerait que la technique la plus efficace soit la séparation
immunomagnétique. Son utilisation peut réduire le temps
total de l'analyse tout en augmentant la sensibilité de la détection.
Des particules paramagnétiques couvertes d'anticorps spécifiques
de l'organisme cible sont ajoutées à l'échantillon
d'aliment à analyser. L'organisme cible est capturé à
la surface des particules magnétiques et l'ensemble est retiré
de l'aliment par application d'un champ magnétique. Les organismes
cibles sont ainsi séparés, par centrifugation, des débris
alimentaires et des micro-organismes qui peuvent interférer avec
les différents systèmes de détection. En rediluant
les cellules cibles ainsi isolées dans un volume inférieur
à celui duquel elles proviennent, on obtient un effet de concentration
des cellules bactériennes et on augmente ainsi l'apparente sensibilité
des systèmes de détection.
Après enrichissement, les billes sont généralement
mises en culture sur des milieux sélectifs.
E. coli O157:H7 ne fermente pas le sorbitol à l'opposé
des autres E. coli. Cette propriété biochimique a
justifié l'utilisation de la gélose MacConkey au sorbitol
(SMAC). Les modifications de la gélose MacConkey au sorbitol ont
été mises au point dans l'objectif d'augmenter le caractère
sélectif vis-à-vis de O157 VTEC.
Okrend et al. [27] ont montré que l'addition de 5 bromo-4
chloro-indoxi-b-D-glucuronide (BCIG) ajouté à raison de
0,1 g/l à une gélose MacConkey sorbitol favorise l'isolement
de E. coli O157 inoculé volontairement dans des échantillons
de viande de buf. En effet, le BCIG permet de différencier
les colonies b-glucuronidase-positives de celles qui sont négatives.
E. coli 0157:H7 présente des colonies sorbitol-négatives
et b-glucuronidase-négatives ; ces colonies restent blanches alors
que les colonies sorbitol-négatives et b-glucuronidase-positives
virent au vert ou au bleu. L'ajout de BCIG à la gélose SMAC
réduit par conséquent le nombre de faux positifs de 36 %
par rapport à la simple utilisation du SMAC sans BCIG. En effet,
E. coli O157:H7 a pu être isolé à partir de
11 des 12 échantillons de viande inoculés en utilisant le
SMAC-BCIG contre 8 sur 12 avec la seule utilisation du SMAC sans BCIG.
Thompson et al. [30] ont développé un test rapide
fluorescent pour la détection de E. coli O157. Ce test utilise
la 4-méthylumbelliféryl b-D-glucuronide comme indicateur
hydrolysé en un composé fluorescent par l'enzyme b-glucuronidase.
Zadik et al. [31] ont décrit une autre modification dans
laquelle le SMAC contient du tellurite et du céfixime parce que
les concentrations minimales inhibitrices sont plus élevées
pour les O157 VTEC que pour les autres E. coli et les bactéries
sorbitol-négatives telles que Aeromonas, Plesiomonas, Morganella
morganii, Providencia spp. et Hafnia alvei.
* Tests immunologiques utilisant des anticorps dirigés contre
l'antigène O157. Les tests immunologiques sur colonies ont
été employés pour détecter E. coli
O157. Les cultures sont étalées sur des géloses et
les colonies transférées sur des membranes de nitrocellulose.
Un antisérum O157 conjugué à la phosphatase alcaline
est utilisé pour détecter les colonies positives.
L'empreinte immunologique de chacune de ces membranes de nitrocellulose
était réalisée en utilisant un antisérum dirigé
contre E. coli O157:H7. Les colonies positives étaient confirmées
comme appartenant réellement au sérotype O157:H7 par des
tests biochimiques, l'utilisation d'un antisérum dirigé
contre les antigènes O157 et H7 et le contrôle de la cytotoxicité
sur les cellules Vero. D'après Doyle et Schoeni [32], cette méthode
peut permettre l'isolement d'un faible nombre de bactéries (1,5
E. coli par gramme d'aliment). Mais elle est difficile d'utilisation
parce qu'elle exige une grande technicité et demande beaucoup de
temps. Un autre inconvénient serait son manque de spécificité.
En effet, l'antisérum polyclonal O157 réagit également
avec Brucella abortus, Brucella melitensis, Yersinia enterocolitica
sérogroupe 0:9, Salmonella groupe N et Pseudomonas maltophilia
555 [33]. L'épitope commun à toutes ces bactéries
responsables des réactions croisées est le sucre 4-amino-4,6
didésoxy-D-mannose présent sur le lipopolysaccharide [20].
Un test d'agglutination rapide avec des particules de latex (E. coli
latex test, Oxoid Ltd) est désormais disponible. Il permet une
détection rapide d'Escherichia coli appartenant au sérogroupe
O157. March et Ratman [34] ont évalué ce test d'agglutination
utilisant des souches de E. coli O157:H7 d'origine clinique.
Padhye et Doyle [8] ont décrit, quant à eux, un système
immuno-enzymatique sandwich Elisa (EHEC-Teck, Organon Tecknica) pour la
détection des O157 VTEC dans l'aliment. Dans ce test, des anticorps
polyclonaux anti-O157 sont utilisés comme anticorps de capture
ainsi qu'un anticorps monoclonal marqué à la peroxydase
(Mab 4E8C12), certifié comme spécifique pour la détection
des VTEC appartenant aux sérogroupes O157 et O6 [29].
Méthode de détection
de la production de vérotoxine ou des gènes codant les vérotoxines
* Effet cytopathogène des vérotoxines. Le pouvoir
cytopathogène des vérotoxines est mis en évidence
sur les lignées cellulaires Vero [35]. Ainsi peuvent être
testés des échantillons fécaux, des cultures cellulaires
et des aliments. Les colonies se développent en bouillon trypticase-soja
; les cultures filtrées sont ajoutées à la lignée
cellulaire Vero. Ces dernières prennent une forme ronde et se détachent
les unes des autres en présence de vérotoxines. Dans des
études récentes, la croissance des VTEC dans des milieux,
dépourvus de fer permet la production augmentée des STX1
mais pas des STX2. Pour les tests de routine, les concentrations de vérotoxines
obtenues dans les bouillons décrits plus haut sont suffisantes.
Une grande quantité des vérotoxines n'est pas libérée
dans les milieux mais reste liée à la bactérie. Elle
peut être relarguée par sonication, par l'utilisation d'une
presse de Franck ou par traitement à la polymyxine. Ces techniques
ont été utilisées pour la préparation de grandes
quantités de vérotoxines. Aucun VTEC ne peut être
trouvé en l'absence de vérotoxines libres dans le milieu
alors que les vérotoxines peuvent être présentes sans
que l'on puisse isoler la bactérie [36].
* Tests immunologiques. Pour confirmer que l'effet cytopathogène
exercé sur les cellules Vero est effectivement dû aux vérotoxines,
il faut réaliser des tests de neutralisation en utilisant des anticorps
dirigés contre les STX1 et les STX2. La thermostabilité
de la toxine devra également être confirmée après
chauffage à 100 °C pendant 15 min des échantillons.
Quelques techniques Elisa permettant la détection des vérotoxines
ont été décrites. Les systèmes permettant
la fixation des vérotoxines sont variés : des glycolipides
contenant un composé terminal a D-Gal-(1 => 4)-D-Gal, le céramide
globotriosyl (Gb3), lyso-Gb3 et le liquide des vésicules hydatiques
provenant de moutons infectés par Echinococcus granulosus.
Dans d'autres études, les anticorps monoclonaux antivérotoxine
ont été utilisés. En général, ces tests
sont moins performants parce que moins sensibles que le test utilisant
les cellules Vero. En outre, comme ces toxines ont des propriétés
antigéniques très variables, une grande vigilance doit exister
à l'occasion du choix des réactifs lorsque l'on se propose
de détecter toutes les vérotoxines dans un échantillon
[3].
* Tests génétiques. Outre l'utilisation des anticorps
dirigés contre les vérotoxines, de nombreuses sondes polynucléotidiques
dérivées des gènes clonés de VT1 et VT2 ont
été utilisées. Des sondes synthétiques oligonucléotidiques
permettant la détection des différents gènes des
vérotoxines ont également été construites.
L'amplification génique d'une partie du gène codant pour
les vérotoxines utilisant la méthode PCR (polymerase
chain reaction) a également été utilisée
pour rechercher les VTEC dans les aliments et les selles de malades. Ces
« PCR » utilisent des amorces oligonucléotidiques ciblées
sur des séquences conservées des gènes eaeA,
stx1, stx2.
Tous les protocoles de PCR appliqués directement sur les aliments
se sont heurtés au problème des inhibiteurs de la polymérase.
Pour éviter cela, il était alors nécessaire d'isoler
les bactéries ou d'extraire leur ADN. Cependant, récemment,
plusieurs protocoles ont été mis au point directement à
partir des aliments. En diluant 1 000 fois les échantillons de
viande de buf par exemple, il a été possible de réduire
la concentration des composés inhibant la polymérase. Avec
cette technique, même si un enrichissement de 6 heures était
indispensable pour 6 des échantillons, il était alors possible
de détecter 30 VTEC/ml de bouillon de culture [3].
CONCLUSION
Les infections à E. coli O157:H7 peuvent survenir à
l'occasion de l'ingestion d'un faible nombre de bactéries. Le tableau
clinique le plus fréquent est caractérisé par des
diarrhées qui peuvent être hémorragiques dans la moitié
des cas. Une faible proportion (2-5 %) des malades, surtout les enfants
de moins de 5 ans ou les personnes âgées, développent
un syndrome hémolytique et urémique parfois mortel. Les
lésions des vaisseaux provoquées par les vérotoxines
constituent, avec les lésions d'attachement et d'effacement, les
principaux éléments du pouvoir pathogène des E.
coli vérotoxiques. De nombreuses études révèlent
que les animaux de boucherie, et surtout les bovins, représentent
un réservoir très important de VTEC. Cet élément
épidémiologique peut expliquer que les steaks hachés
de buf insuffisamment cuits et les fromages au lait cru de vaches
soient les aliments le plus souvent incriminés dans les accidents
alimentaires à E. coli O157:H7.
Les méthodes de détection et d'isolement de E. coli
O157:H7 sont nombreuses et basées essentiellement sur les particularités
biochimiques de cette bactérie sorbitol-négative et b-glucuronidase-négative.
Mais l'émergence de mutants sorbitol-positifs et b-glucuronidase-positifs,
ainsi que l'identification d'autres sérotypes de VTEC responsables
de syndromes hémolytiques et urémiques, au Canada notamment,
limitent l'intérêt de ces techniques et justifient l'utilisation
de méthodes qui permettent la détection et l'isolement de
l'ensemble des VTEC par la mise en évidence des vérotoxines
ou des gènes codant pour ces vérotoxines.
Même si, en France, E. coli O157:H7 n'est pas actuellement
à l'origine d'accidents alimentaires, aucune étude épidémiologique
ne permet de savoir si nos denrées alimentaires sont fréquemment
contaminées. Compte tenu de la thermosensibilité de cette
bactérie, les aliments « crus » de type viande hachée
de buf, lait cru, fromages au lait cru devront être préférentiellement
étudiés, tout en gardant à l'esprit que les denrées
à pH acide peuvent être potentiellement dangereuses du fait
de la grande tolérance à l'acidité de E. coli
O157:H7.
Remerciements. L'auteur tient à remercier Évelyne
Dimier pour son travail de secrétariat.
Article reçu le 5 février 1999, accepté le 27 mars
1999.
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