ARTICLE
Auteur(s) : Naiyin
Xu1, Michel
Fok2
1Jiangsu Academy of Agricultural Sciences Research
Institute of Industrial Crops 210014 Nanjing China
2Cirad Avenue Agropolis TA B102/02 34398
Montpellier France
Le démarrage de la commercialisation de variétés de coton
transgéniques avait immédiatement fait surgir deux craintes.
Il s’agissait du risque, dans les pays qui les adoptent, de
monopole des variétés imposées par les firmes de biotechnologies,
et plus précisément par Monsanto (Berlan et Lewontin, 1998), ainsi
que celui de la perte de diversité variétale. Ces craintes
demeurent, après plus de dix ans de commercialisation (Devaiah et
Dommen, 2008), et il y a très peu d’analyses pour statuer sur leur
bien-fondé à partir de l’état réel des marchés de variétés de
cotonnier intégrant un gène Bt (appelé « coton-Bt » dans la suite
du texte). L’une des rares études, qui concerne le cas extrême de
l’Afrique du Sud (Aerni, 2005; Witt et al., 2006), tendrait
cependant à confirmer les craintes évoquées.
Pour autant, il ne semble pas que le cas de l’Afrique du Sud
soit général. Ces dernières années, en Inde, la presse
rapporte régulièrement la mise en marché de nouvelles variétés de
coton-Bt, ou l’introduction du gène Bt de la Chine pour compléter
celui de Monsanto. En Chine, la plupart des études évoquent la
cohabitation des variétés introduites par Monsanto1 et
des variétés chinoises (Pray et al., 2001b ; Russell et
Deguine, 2006).
L’objet de cet article est de présenter l’état et l’évolution du
marché des variétés de coton-Bt en Chine et de les analyser dans la
perspective des huit autres pays qui ont adopté ce type de
cotonnier. Dans la plupart de ces pays, la commercialisation du
coton-Bt a concerné des variétés intégrant les gènes Bt de Monsanto
(Bollgard I ou Cry 1Ac, et Bollgard II combinant les gènes Cry 1Ac
et Cry 2Ab), gènes intégrés au départ dans des variétés de la firme
américaine Delta & Pineland Company et que nous appelerons «
variétés Monsanto » dans la suite du texte.
Nous procéderons d’abord à un panorama des états de marchés de
variétés de cotonnier dans tous les pays ayant adopté le coton-Bt
(hors Chine). Ensuite, l’analyse du cas chinois sera détaillée. Par
commodité, les sources de données utilisées seront précisées lors
de leur exploitation – elles sont de nature officielle en
quasi-totalité.
Diversité du degré de concurrence
des marchés
Les pays à coton-Bt
Depuis 1996, le coton-Bt est cultivé dans neuf pays2
dans le monde (USA, Argentine, Afrique du Sud, Australie, Mexique,
Colombie, Inde, Brésil et Chine). L’évolution de la production
cotonnière est très variable dans ces pays depuis l’adoption du
coton-Bt (tableau 1). L’analyse
détaillée de cette évolution sort du champ de cet article,
limitons-nous à constater le contraste entre deux pays, l’Afrique
du Sud et l’Inde. La production est en voie de disparition en
Afrique du Sud, surtout au niveau des petits paysans noirs (Hofs
et al., 2006), ce que ne laissait pas prévoir l’évaluation de
l’utilisation du coton-Bt (Thirtle et Jenkins Beyers, 2003) qui
avait occulté le contexte agricole particulier et les défaillances
institutionnelles des appuis à l’agriculture dans ce pays (Hofs
et al., 2006). La progression de la production en Inde
est en revanche fulgurante. Dans plusieurs pays, la baisse de la
production, engagée déjà avant l’avènement du coton-Bt, se poursuit
(Mexique, Argentine, Colombie). La forte baisse en Australie
est due à la persistance de la sécheresse.
Tableau 1 Année d’adoption du coton-Bt dans les pays
cotonniers utilisateurs.Table 1. Year of commercial release of
Bt-cotton in adopting countries.
|
Pays
|
Année de commercialisation officielle du cotonnier-Bt
|
Moyenne production (tonnes coton-fibre)
|
|
1996-1998
|
2006-2008
|
|
États-Unis
|
1996
|
3 749
|
3 891
|
|
Australie
|
1996
|
676
|
245
|
|
Afrique du Sud
|
1997
|
42
|
10
|
|
Argentine
|
1997
|
283
|
147
|
|
Chine
|
1997
|
4 524
|
8 024
|
|
Mexique
|
1996
|
221
|
135
|
|
Colombie
|
2002
|
42
|
39
|
|
Inde
|
2002
|
2 838
|
5 015
|
|
Brésil
|
2005
|
413
|
1 447
|
Situations différenciées de monopole national
des variétés de Monsanto
L’état de monopole national des variétés de coton-Bt de Monsanto
est effectif dans plusieurs pays, mais ce n’est pas la règle
générale. Les situations différenciées de marché sont
restituées dans le tableau 2,
constitué à partir des informations tirées des catalogues de
variétés accessibles sur les sites Internet (Afrique du Sud,
Mexique, Brésil, États-Unis), des organisations de recherche, de
distribution de semences (Inde, Australie) ou encore, faute de
mieux, de l’analyse des articles de presse relatifs aux pays
(Argentine, Colombie).
Une situation de monopole national des variétés de Monsanto
prévaut dans cinq pays, où, à l’exception du Brésil, la production
est en baisse continue (Afrique du Sud, Argentine, Mexique et
Colombie). Dans tous ces pays, le monopole se manifeste par un
faible nombre de variétés commercialisées (deux ou trois).
La commercialisation de coton-Bt n’induit pas forcément une
réduction de la diversité variétale, comme le montrent l’Australie,
les États-Unis et l’Inde, trois pays qui ont en commun une capacité
réelle de création variétale.
En Australie, la Commonwealth Scientific and Industrial Research
Organisation (CSIRO) est l’organisme public disposant de
l’exclusivité de la recherche variétale depuis plusieurs décennies.
L’exploitation commerciale des variétés est confiée sous licence
exclusive à la Cotton Seed Distributors (CSD). Jusqu’à fin 2008,
les variétés de coton-Bt commercialisées ont résulté de
l’intégration du gène Bt de Monsanto dans les variétés développées
par la CSIRO.
Pour les États-Unis, les données récupérées permettent
d’analyser le phénomène d’enregistrement de variétés nouvelles
autour de 1996, année charnière de la commercialisation des
variétés transgéniques. Depuis 1996, les certificats ont été
délivrés pour 227 variétés nouvelles, dont 68 seulement
intègrent le gène Bt, seul ou avec un gène de tolérance à un
herbicide. Ces variétés de coton-Bt sont la propriété de
16 entreprises distinctes de création variétale, dont
Monsanto.
En Inde, la base de données sur les variétés enregistrées n’est
pas encore opérationnelle, nous ne pouvons savoir combien de
variétés sont inscrites au catalogue. C’est le Centre national de
recherche cotonnière qui dénombre les variétés transgéniques
inscrites dans le catalogue national. Il y en a 131 en
fin 2008 ; elles sont toutes hybrides et réalisées à partir du
fonds génétique des entreprises indiennes de création
variétale.
Globalement, en absence de monopole national de Monsanto dans le
marché des variétés de coton-Bt, ces variétés découlent de
l’introgression du gène Bt (de Monsanto) dans les variétés
développées localement. C’est seulement aux États-Unis que les
variétés de coton-Bt de Monsanto peuvent exister, aux côtés des
variétés des entreprises concurrentes qui ont obtenu licence
d’utilisation du gène Bt de Monsanto.
Tableau 2 Structure des marchés des variétés de
coton.Table 2. Markets structure of cotton varieties.
|
Pays
|
Nombre de variétés enregistrées fin 2008
|
|
Total des variétés
|
Total des variétés transgéniques
|
Total avec Bt
|
Variétés Bt de Monsanto
|
|
Sous monopole
|
|
|
|
|
|
Afrique du Sud
|
36
|
9
|
6
|
6
|
|
Argentine
|
|
|
2
|
2
|
|
Mexique
|
4
|
2
|
2
|
2
|
|
Colombie
|
6
|
5
|
4
|
4
|
|
Brésil
|
72
|
5
|
3
|
3
|
|
Sous concurrence
|
|
|
|
|
|
Australie
|
26
|
20
|
13
|
0
|
|
États-Unis*
|
227
|
121
|
68
|
|
|
Inde*
|
|
131
|
131
|
0
|
Dynamiques diverses dans l’enregistrement de variétés
nouvelles
Au-delà de l’état de concurrence du marché des variétés, indiqué
par le nombre de variétés enregistrées en 2008, l’évolution de
l’enregistrement des variétés est aussi importante à saisir.
Dans les pays où Monsanto jouit d’une situation de monopole, la
dynamique de l’offre variétale est faible (Argentine, Mexique,
Brésil). Par manque d’informations, nous ne pouvons nous prononcer
pour la Colombie.
En Argentine, les deux seules variétés de coton-Bt (NuCOTN 33B
et DP 50B) ont été inscrites au catalogue en 1998 et
2000 (Qaim et Cap, 2002). Cette situation s’explique par la
politique de prix des semences qui a écarté les petits producteurs
(Qaim et de Janvry, 2003), et surtout par la préservation du
privilège des semences paysannes au détriment de l’achat de
semences commerciales (Qaim et Cap, 2002). C’est certes une
situation de monopole, mais plutôt un échec de
commercialisation.
Au Mexique, les deux dernières variétés enregistrées, en 2004,
sont les variétés Bt de Monsanto (NuCOTN 33B et NuCOTN 35B),
effectivement cultivées (Traxler et Godoy-Avila, 2004). Il n’y
en a pas d’autre depuis.
Au Brésil, la commercialisation du coton-Bt n’a été
officiellement autorisée que depuis 2005, mais elle était précédée
par une utilisation illégale à partir de semences importées de
l’Argentine. L’inscription au catalogue des trois variétés de
coton-Bt de Monsanto (Nuopal, DP90 B et DP 604BG) est
antérieure à 2007. Au cours des années 2007 et 2008, huit
variétés nouvelles ont été enregistrées, mais deux seulement sont
transgéniques, avec le trait de la tolérance aux herbicides.
La situation de monopole de Monsanto pour les variétés de
coton-Bt témoigne en fait de l’efficacité mitigée du coton-Bt au
Brésil, car un ravageur important localement (Anthonomus grandis ou
charançon de la capsule) n’est pas contrôlé par la toxine Bt.
En Afrique du Sud, 14 variétés nouvelles sont enregistrées
depuis 1997. Dans ce pays, la poursuite de l’enregistrement de
variétés nouvelles de coton-Bt s’explique parce que l’Afrique du
Sud s’inscrit dans la stratégie mondiale de production de semences
de Monsanto, comme lieu de production de semences complémentaire
aux pays de l’hémisphère Nord.
Dans les autres pays où les variétés de Monsanto ne jouissent
pas de situation de monopole, le dynamisme de l’offre variétale
peut être observé de manière plus ou moins nette.
En Australie, on ne dispose pas d’information sur la chronologie
d’inscription des variétés au catalogue. Cette lacune rend
difficile l’appréciation de l’offre variétale. Néanmoins, ce pays a
levé depuis 2004-2005 la limitation de la part du coton-Bt à
30 % des superficies, qu’il avait fixée pour prévenir l’apparition
de résistance des ravageurs (Fitt, 2003). La part en surface
du coton-Bt est estimée aujourd’hui à 80 % (Constable, 2004) et on
peut penser que l’offre de nouvelles variétés a répondu à la
demande.
Les informations disponibles aux États-Unis sont plus riches.
Elles mettent en évidence un dynamisme accru de l’offre variétale
depuis 1996, quoiqu’avec une tendance à la concentration des
entreprises de création variétale. Le tableau 3 indique que, au cours de la période
1976-1995, 215 variétés furent inscrites au catalogue pour le
compte de 56 organisations d’obtention variétale. Depuis 1996,
les certificats d’obtenteur ont été délivrés à 227 variétés,
sur une période de dix ans seulement, mais à un moindre nombre
d’obtenteurs (27). Par ailleurs, la demande de certificats
d’obtention est engagée pour 80 variétés.
Ce réel dynamisme de création variétale observé aux Etats-Unis
peut surprendre. En réalité, la proposition de nouvelles variétés
procède beaucoup de l’introgression d’un ou deux gènes sur des
variétés existantes, ce qui est bien plus rapide que la démarche
classique de création variétale nécessitant en moyenne huit années.
Le marché de variétés est encore assez partagé entre le coton
conventionnel et transgénique. Au cours des dix dernières années,
il y a eu une répartition à peu près égale entre variétés de coton
conventionnel et transgénique. Le coton-Bt représentait un peu plus
de la moitié des variétés transgéniques. Tous les obtenteurs (27)
sont impliqués dans l’offre de variété transgénique, mais seulement
16 ont enregistré des variétés de coton-Bt. La situation
d’équilibre semble évoluer. Parmi les 80 variétés en attente,
10% seulement concernent le coton conventionnel.
En Inde, la reconnaissance du droit des paysans à pouvoir
utiliser les semences issues de leurs productions a certainement
influencé l’option de Monsanto de n’accorder la licence de ses
gènes Bt que pour les variétés hybrides, dans le but de préserver
la demande de semences commerciales (Russell et Deguine, 2006).
Cette option a aussi une incidence sur la rapidité de l’offre
variétale. Il suffit de croiser un parent porteur du gène Bt
et un parent aux bonnes caractéristiques agronomiques pour que
l’hybride ainsi créé soit également Bt (le gène Bt est dominant).
Une nouvelle variété peut ainsi être proposée en deux ans, au lieu
de huit ans.
En Inde, à la fin de 2007, 31 organisations différentes de
création variétale ont enregistré 69 variétés, alors qu’il n’y
en avait que 4 en 2005 (tableau
4). Il s’agit d’une situation de grande concurrence.
La quasi-totalité des variétés recourent aux gènes Bt de
Monsanto, essentiellement Bollgard I, mais le recours au Bollgard
II a débuté. Les premières variétés, recourant à une autre
combinaison de gènes de Bt (venue en réalité de Chine), ont fait
leur apparition en 2008.
Tableau 3 Répartition des certificats d’obtentions
variétales aux États-Unis.Table 3. Distribution of breeders’
certificates in the USA.
|
Type de variétés
|
Nombres concernés de
|
Statut des certificats d’obtenteurs
|
|
Expiré
|
En cours
|
En examen
|
|
De 1976 à 1995
|
Conventionnel
|
Variétés
|
174
|
41
|
|
|
|
Compagnies d’obtention
|
43
|
23
|
|
|
À partir de 1996
|
Conventionnel
|
Variétés
|
|
106
|
7
|
|
|
Compagnies d’obtention
|
|
24
|
2
|
|
GM, tous types
|
Variétés
|
|
121
|
57
|
|
|
Compagnies d’obtention
|
|
27
|
16
|
|
GM, avec gène Bt
|
Variétés
|
|
68
|
26
|
|
|
Compagnies d’obtention
|
|
16
|
7
|
|
Non précisé
|
Variétés
|
|
|
16
|
|
|
Compagnies d’obtention
|
|
|
2
|
Tableau 4 Évolution de la délivrance de certificats
d’obtentions de coton-Bt en Inde.Table 4. Evolution of the issuance
of breeders’ certificates for Bt-cotton in India.
|
2002
|
2004
|
2005
|
2006
|
2007
|
2002-2007
|
|
Nombre de compagnies d’obtention
|
1
|
1
|
4
|
15
|
31
|
|
|
Nombre total de variétés
|
3
|
1
|
16
|
42
|
69
|
131
|
|
Dont, avec évènement Bt de
|
|
|
|
|
|
|
|
cry 1 Ab and cry 1 Ac (GFM Cry 1A)
|
|
|
|
3
|
3
|
6
|
|
cry 1 Ac (MON 531 Event)
|
3
|
1
|
16
|
32
|
54
|
106
|
|
cry 1 Ac and cry 2 Ab (MON 15985 Event)
|
|
|
|
7
|
12
|
19
|
Spécificités du marché chinois
Spécificités de la culture, des techniques
et des recherches
Le coton est produit dans trois régions principales, la vallée du
fleuve Jaune, la vallée du fleuve Yangtsé et la région du
Nord-Ouest correspondant principalement à la province autonome du
XinJiang. Dans cette dernière province, à climat continental aride,
la pression des ravageurs cibles des toxines Bt est faible ;
l’utilisation du coton-Bt y est donc peu justifiée.
La production cotonnière est intensive partout en Chine. En plus
d’un haut niveau de fertilisation à base d’engrais minéraux et du
contrôle chimique des ravageurs du cotonnier, les paysans font
appel systématiquement aux régulateurs de croissance et installent
fréquemment le coton sous mulch plastique (Fok et al., 2005a).
Ils investissent aussi beaucoup en travail pour promouvoir le
développement et la croissance des organes fructifères (élimination
des branches végétatives et écimage des cotonniers). Cette
évocation suffit pour indiquer la quantité de techniques
développées par la recherche et les efforts consentis pour
favoriser leur adoption, notamment à travers une politique de
subvention de l’intensification jusqu’au milieu des années
1990 (Fok et Xu, 2009).
Dans le domaine des biotechnologies, les programmes de recherche
ont permis la synthèse d’un gène Bt breveté en Chine (communément
appelé Cry 1A par les chercheurs chinois). Les recherches ont
permis d’isoler d’autres gènes d’intérêt agronomique dont un gène
d’inhibition de protéase chez certains insectes (Cowpea protease
Inhibition ou CpTi) que les chinois sont les seuls à associer aux
gènes Bt dans certaines variétés de coton. Enfin, ils ont mis au
point la technique d’injection de gène par le tube pollinique (Gong
et al., 1988), qui a été beaucoup exploitée pour la création
des premières variétés de coton-Bt (Russell et Deguine, 2006).
La recherche chinoise a aussi promu la transplantation du
cotonnier, que la Chine est le seul pays à pratiquer dans sa forme
particulière, intensive en travail (Fok et Xu, 2007). Cette
technique a permis d’installer la culture du coton immédiatement
après la récolte d’une céréale d’hiver (blé ou orge). Dans nos
travaux de terrain dans cette vallée, les interlocuteurs rencontrés
ont parlé d’une adoption généralisée en raison de deux avantages
majeurs : la sécurisation de la culture contre les risques de
gelées et un rendement plus élevé. À cela, il faut ajouter la
commercialisation de variétés hybrides F1, au début des années
1990 (Liu et al., 2005), avec lesquelles il a été
possible de réduire la densité de 45 000 plants/hectare à
30 000 plants/hectare (Liu et al., 2005), ce qui a
réduit d’autant le travail de transplantation. L’effet hybride
induisait un gain supplémentaire de rendement, estimé à 15 % (Xing
et al., 2007).
Une large adoption du coton-Bt et une part
décroissante de Monsanto
La Chine est l’un des rares pays à fournir des statistiques
annuelles de surfaces en fonction des variétés utilisées, pour les
principales cultures, dont le coton, relevées par le Centre
national de vulgarisation et de diffusion technologique (CNVDT,
ministère de l’Agriculture). Nous avons utilisé les données des
annuaires statistiques diffusés de manière restreinte par le CNVDT,
en veillant à contrôler3 la nature (Bt ou hybride) des
variétés répertoriées4. La nature déclarée
officiellement lors de l’enregistrement peut être faussée par le
refus de certains obtenteurs de payer les royalties associées à
l’utilisation de transgènes ou par leur volonté d’éviter les tests
de biosécurité. Bien entendu, les statistiques relevées dans un
cadre administratif ne peuvent être d’une fiabilité parfaite. Pour
autant, l’on peut considérer que les évolutions qu’elles permettent
de déceler correspondent à la réalité, car les méthodes de relevé
sont restées identiques.
L’analyse des « données CNVDT » met en évidence une diffusion
rapide et large du coton-Bt depuis 1997 (tableau 5). La commercialisation du
coton-Bt a été autorisée d’abord dans les trois principales
provinces cotonnières de la vallée du Fleuve Jaune (Hebei, Henan et
Shandong), en particulier avec les variétés de Monsanto. C’est dans
ces provinces – plus particulièrement Hebei et Shandong – que la
couverture totale en coton-Bt a été rencontrée et que le taux
d’adoption reste le plus élevé (plus de 95 %). Dans les autres
provinces, le taux de couverture en coton-Bt est fluctuant, de
37 à 80 %. L’utilisation du coton-Bt est effective même dans
la Province du Xinjiang (couverture de 19 %) où elle est
techniquement peu justifiée. Au niveau national, le taux de
couverture est d’environ 70 %, ce qui est très proche des
indications de l’ISAAA (International Service for the Acquisition
of Agri-biotech Applications) le seul organisme qui informe sur les
superficies en OGM, sans cependant citer ses sources. En termes
d’évolution, au niveau national comme à l’échelle des provinces
prises individuellement, une stagnation du taux de couverture en
coton-Bt est perceptible.
Monsanto a essayé de commercialiser huit variétés différentes,
mais deux d’entre elles seulement ont rencontré un succès
indéniable : d’abord la DP33B, les premières années, puis la DP99B.
Le succès de ces variétés est seulement localisé dans les
trois principales provinces cotonnières de la vallée du fleuve
Jaune (tableau 3), avec une part de la
surface en coton d’environ 75 % (Hebei et Shandong notamment). En
dehors de ces provinces, la pénétration des variétés de Monsanto a
été faible, voire nulle. Dans toutes les provinces, la part en
surface des variétés de Monsanto baisse régulièrement depuis
1999-2000. Même dans les provinces où ces variétés avaient été
largement adoptées, elles ne représentent plus que 7 à 15 % de
la surface en coton. Comme les paysans chinois utilisent
effectivement les semences qu’ils ont produites (Liu, 2006), la
part de Monsanto dans le marché des semences est encore bien plus
faible.
Tableau 5 Part en surface du coton-Bt et part des
variétés américaines dans les principales provinces cotonnières en
Chine.Table 5. Area share of Bt-cotton and share of US varieties in
main cotton-producing provinces in China.
|
Province
|
|
1996
|
1997
|
1998
|
1999
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
|
Anhui
|
% surface en Bt
|
|
|
2,4 %
|
8,4 %
|
23,2 %
|
57,5 %
|
41,6 %
|
69,2 %
|
89,9 %
|
97,4 %
|
55,0 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
|
|
58,8 %
|
64,9 %
|
25,6 %
|
15,4 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
7,8 %
|
|
Shandong
|
% surface en Bt
|
|
|
12,6 %
|
74,4 %
|
90,2 %
|
100,0 %
|
97,8 %
|
92,6 %
|
91,8 %
|
94,0 %
|
96,4 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
49,2 %
|
68,5 %
|
68,3 %
|
75,9 %
|
55,1 %
|
50,6 %
|
20,3 %
|
11,8 %
|
7,7 %
|
|
Jiangsu
|
% surface en Bt
|
|
|
|
3,3 %
|
6,6 %
|
9,7 %
|
34,8 %
|
60,2 %
|
80,4 %
|
78,1 %
|
80,6 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
|
|
|
|
23,7 %
|
4,7 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
|
Hebei
|
% surface en Bt
|
|
22,8 %
|
70,7 %
|
90,3 %
|
100,0 %
|
94,7 %
|
95,4 %
|
98,3 %
|
100,0 %
|
100,0 %
|
97,0 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
84,1 %
|
94,2 %
|
74,9 %
|
76,4 %
|
69,8 %
|
53,7 %
|
42,8 %
|
40,1 %
|
14,4 %
|
|
Henan
|
% surface en Bt
|
1,9 %
|
1,1 %
|
1,9 %
|
19,0 %
|
38,7 %
|
70,3 %
|
62,3 %
|
78,0 %
|
91,7 %
|
83,1 %
|
82,9 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
|
|
13,3 %
|
57,3 %
|
53,1 %
|
27,5 %
|
17,8 %
|
14,5 %
|
7,8 %
|
|
Hubei
|
% surface en Bt
|
|
|
|
|
27,2 %
|
25,1 %
|
29,5 %
|
33,3 %
|
33,3 %
|
29,7 %
|
37,2 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
|
|
9,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
|
Hunan
|
% surface en Bt
|
|
|
|
|
|
|
8,8 %
|
49,0 %
|
65,6 %
|
79,8 %
|
82,4 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Xinjiang
|
% surface en Bt
|
|
|
|
|
|
1,6 %
|
0,0 %
|
2,4 %
|
3,8 %
|
5,0 %
|
19,0 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
|
|
|
|
|
34,8 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
0,0 %
|
|
China
|
% surface en Bt
|
0,5 %
|
2,9 %
|
7,6 %
|
21,0 %
|
39,7 %
|
45,7 %
|
49,1 %
|
64,0 %
|
69,4 %
|
70,9 %
|
69,7 %
|
|
% US des surfaces en Bt
|
|
|
71,4 %
|
61,6 %
|
52,5 %
|
62,1 %
|
52,3 %
|
37,3 %
|
21,1 %
|
15,7 %
|
7,4 %
|
|
% surface en Bt selon ISAAA
|
0,8 %
|
5,9 %
|
17,6 %
|
30,1 %
|
45,2 %
|
50,2 %
|
54,8 %
|
65,0 %
|
65,2 %
|
64,7 %
|
Dynamisme du marché des variétés
Les « données du CNVDT » permettent de suivre le nombre de variétés
sur lequel est répartie la surface cotonnière depuis
1990 comme une indication du degré de concurrence au sein du
marché de variétés. Les données ont été traitées en fonction
de deux périodes, autour de l’année charnière de 2000 qui a
correspondu à l’application d’un nouveau cadre institutionnel (Fok
et Xu, 2009).
Le tableau 6 montre que la Chine a
toujours offert un grand nombre de variétés aux producteurs pour
l’adaptation aux conditions physiques et climatiques d’un pays
immense. Il y avait 199 variétés différentes utilisées
pendant la décennie 1990. Depuis, on recense 372 variétés dans
les sept années qui ont suivi, dont 73 variétés étaient déjà
utilisées dans la période précédente. Cela signifie la
commercialisation d’environ 300 variétés nouvelles sur une
période plus courte. Il convient de noter que la surface
moyenne annuelle pour chaque variété ayant dépassé le seuil de
recensement de 100 000 mu (1 mu = 1/4 d’hectare) a
diminué de moitié entre les deux périodes.
L’état de la concurrence entre les organisations de création
variétale peut être appréhendé par les données accessibles auprès
du Bureau de la protection des obtentions végétales (BPOV).
Ces « données du BPOV » permettent de connaître, pour la
période 1999-2007, l’évolution du nombre de variétés inscrites au
niveau national, leur nature (transgénique ou hybride), les noms
des organismes obtenteurs et les provinces d’origine. Nous avons
pu, par ailleurs, identifier leur nature (université, institut de
recherche, firme privée, services d’appui technique).
Les « données du BPOV » mettent en évidence que
156 organisations de création variétale ont été impliquées
dans l’offre de variétés pour l’ensemble du territoire chinois
(tableau 7). Ce sont
essentiellement des organisations du niveau de la province ou du
district. Les instituts de recherche constituent encore le
groupe le plus important dans l’offre de variétés nouvelles
(presque 50 % des organisations impliquées), mais les sociétés à
statut privé, nées seulement depuis 2000, sont déjà presque aussi
nombreuses.
Les données du BPOV permettent aussi de cerner la tendance dans
les types de variétés proposées. La part des variétés
comportant le gène Bt est importante – environ 85 % –, mais cette
part semble stagner. La part des variétés hybrides était déjà
notable dès 1999 (33%), elle atteint plus de 60 % et il est
possible que cette croissance se poursuive (tableau 8). Pour les firmes privées, les tendances
observées sont très semblables. Les variétés qu’elles
proposent sont à près de 90 % du coton-Bt et elles sont à plus de
60 % sous forme hybride. Les types de variétés proposées ne
diffèrent pas sensiblement entre les types d’obtenteurs.
Tableau 6 Évolution du nombre de variétés à superficies
recensées par le Centre national de vulgarisation et de diffusion
technologique (CNVDT).Table 6. Evolution of the number of varieties
with recorded areas by CNVDT.
|
Nombre de variantes recensées
|
Nombre de variantes recensées avec surface > 6 667
hectares
|
Surface totale des variantes recensées (hectare)
|
Surface moyenne des variantes recensées sur la période
(hectare)
|
Surface moyenne annuelle (hectare/an)
|
|
1990-1999
|
199
|
199
|
44 423 680
|
223 235
|
22 323
|
|
2000-2006
|
372
|
203
|
28 854 401
|
77 566
|
11 080
|
Tableau 7 Répartition des organismes de création
variétale.Table 7. Distribution of cotton breeding organizations.
|
Niveau administratif du siège des organismes
|
Sociétés
|
Facultés/universités
|
Instituts de recherche
|
Services agricoles
|
Total
|
|
Comté
|
9
|
1
|
11
|
1
|
22
|
|
District
|
35
|
1
|
31
|
1
|
68
|
|
Province
|
17
|
11
|
26
|
3
|
57
|
|
Central
|
2
|
1
|
6
|
|
9
|
|
Total
|
63
|
14
|
74
|
5
|
156
|
Tableau 8 Évolution des nombres et des types de
variétés soumises à inscription nationale.Table 8. Evolution of the
number and types of varieties submitted for national
registration.
|
Nombre total de variétés soumises
|
Part en % du nombre total de variétés soumises
|
Nombre de variétés soumises par les firmes
|
Part en % du nombre de variétés soumises par les firmes
|
|
Hybrides
|
Cultivar Bt
|
Hybrides
|
Cultivar Bt
|
|
1999
|
9
|
33,3 %
|
0,0 %
|
|
|
|
|
2000
|
27
|
44,4 %
|
44,4 %
|
1
|
0,0 %
|
100,0 %
|
|
2001
|
55
|
29,1 %
|
27,3 %
|
3
|
0,0 %
|
0,0 %
|
|
2002
|
72
|
27,8 %
|
48,6 %
|
5
|
0,0 %
|
20,0 %
|
|
2003
|
76
|
32,9 %
|
71,1 %
|
10
|
10,0 %
|
30,0 %
|
|
2004
|
73
|
32,9 %
|
71,2 %
|
20
|
40,0 %
|
65,0 %
|
|
2005
|
94
|
55,3 %
|
75,5 %
|
27
|
63,0 %
|
74,1 %
|
|
2006
|
115
|
62,6 %
|
87,0 %
|
31
|
61,3 %
|
80,6 %
|
|
2007
|
113
|
58,4 %
|
85,8 %
|
37
|
62,2 %
|
89,2 %
|
|
Total
|
634
|
45,7 %
|
68,8 %
|
134
|
50,7 %
|
71,6 %
|
Un état de concurrence excessive
Indication de rentabilité difficile
pour de nombreuses variétés
Comme indication de l’incidence de la concurrence du marché, nous
avons déjà souligné la réduction de moitié de la superficie moyenne
annuelle des variétés ayant dépassé le seuil de recensement du
CNVDT, de 100 000 mu. Les deux premières colonnes du
tableau 6 fournissent une autre
indication de l’incidence de la concurrence. La comparaison
entre les deux premières colonnes montre qu’avant l’année 2000,
toutes les variétés recensées avaient pu atteindre le seuil de
100 000 mu/hectare au moins une fois. Après l’année 2000,
ce n’est plus le cas pour 169 variétés (ou, plus précisément,
99 nouvelles variétés, si l’on écarte les variétés qui étaient
déjà commercialisées avant 2000). Si l’on admet que le seuil de
100 000 mu (ou 6 667 hectares) est un niveau
minimum de rentabilité commerciale, ce qui paraît tout de même
faible5, un tiers des variétés nouvelles n’ont pas
atteint ce seuil.
Concurrence accrue par la concentration
de la demande
La concentration de la demande peut être cernée à partir de
l’analyse des données du CNVDT. Au cours de la période 1990-2006,
sur un total de 501 variétés différentes6,
16 d’entre elles seulement ont atteint le million d’hectares.
Globalement, ce groupe de variétés a représenté 48 % de la
superficie totale des variétés à superficies recensées. Cela donne
une idée du phénomène de concentration de la demande sur la
période.
Les parts de marché de la variété la plus cultivée (ou « Top 1
»), ou des trois variétés les plus cultivées (ou « Top 3 ») ont été
respectivement de 40 % et 75 % en 1990. Ces parts ont décru de
manière régulière depuis cette date, mais elles représentent
encore, en 2006, 15-20 % et 30-45 % respectivement, en fonction des
provinces. La part des cinq variétés les plus cultivées (ou «
Top 5 ») varie, en fonction des provinces, entre 37 et 60 % en
2006. Le marché résiduel paraît bien petit pour les
300 autres variétés. Ces résultats corroborent les
observations issues d’une enquête réalisée dans la Province du
Jiangsu (vallée du fleuve Yangtsé) auprès de 176 paysans.
Les paysans ont utilisé au total 21 et 26 variétés
en 2004 et 2005, mais la part des Top 1, 3 et 5 a été
respectivement de 25-37 %, 60-63 % et 74-78 % (Fok et Xu,
2007).
Faiblesse de la durée de vie commerciale
des variétés
Les données du CNVDT permettent aussi de cerner la durée de vie
commerciale des variétés mises en marché, en l’estimant à partir du
nombre d’années durant lesquelles une variété a dépassé le seuil de
surface de recensement du CNVDT.
Globalement, sur la période 1990-2006, la rude concurrence entre
les obtenteurs se traduit par une faible durée de vie commerciale
pour la plupart des variétés. Près du tiers d’entre elles a eu une
durée de vie d’un an et 63 % une durée de trois ans au plus. Seules
18 % ont eu une durée de plus de cinq ans. La faiblesse de
cette durée pose le problème du recouvrement des coûts de
développement et de promotion des variétés. C’est un facteur
objectif qui contribue à expliquer l’augmentation du prix de
semences (Lang, 2006), en dépit de la concurrence, ou plus
précisément, à cause de la concurrence (Fok et Xu, 2007).
Concurrence, source d’abus et d’incertitude
Peu après la commercialisation de semences de coton-Bt en Chine, il
a été observé la commercialisation de ces semences qui ne
disposaient pas du trait Bt (Pray et al., 2001a).
Ce problème semble s’être aggravé depuis, l’abus portant à la
fois sur la nature transgénique et la qualité des semences (Lu
et al., 2006).
Plus problématique est la difficulté pour les paysans de cerner
les caractéristiques réelles des semences qu’ils achètent.
Le prix des semences achetées n’est pas bien corrélé avec
l’efficacité des variétés de coton-Bt (Pemsl et Waibel, 2007).
Cette réalité explique le comportement de paysans à réaliser les
traitements chimiques plus que nécessaires, craignant que le trait
Bt fusse absent dans les variétés de coton-Bt qu’ils avaient
achetées (Pemsl et al., 2005). Pis encore, cette réalité peut
même justifier le penchant qu’ont les paysans à acheter des
semences moins chères (Pemsl et al., 2008), ce qui génère en
retour une offre de semences de qualité douteuse.
Les récriminations croissantes sur la qualité et le prix élevé
des semences ont conduit à traiter ce « désordre du marché des
semences » (Liu, 2006). L’intervention de l’État a été sollicitée
par les acteurs du secteur coton pour assainir la situation. Cette
intervention est engagée depuis 2007 à travers la mise en
œuvre d’une politique de subvention aux semences de qualité
(Anonyme, 2007) analysée par ailleurs.
Conclusion
Dans l’ensemble de la dizaine de pays qui ont adopté le coton-Bt,
le niveau de production et son évolution sont très variables.
L’adoption du coton-Bt peut se réaliser dans des secteurs
cotonniers stagnants ou en déclin.
Il faut distinguer le monopole des gènes Bt de Monsanto du
monopole des variétés qui les intègrent. Le premier type de
monopole est confirmé dans tous les pays, sauf en Chine qui dispose
de son propre gène Bt. La situation de monopole des variétés
de Monsanto existe aussi dans plusieurs pays. Elle se manifeste
dans des contextes de production déclinante (Afrique du Sud,
Argentine), ou de faiblesse de la recherche nationale (Colombie,
Mexique) ou encore de faible attrait de la technologie Bt
(Brésil).
Un état de marché de concurrence prévaut aux États-Unis, en Inde
et en Australie. Les variétés de coton-Bt résultent de
l’intégration sous licence des gènes Bt de Monsanto dans les
variétés développées par les recherches nationales.
En Chine, Monsanto a contribué à une large adoption du coton-Bt
dans un pays qui maintient son rang de premier producteur mondial,
mais sa part dans le marché des semences y est devenue marginale.
En réponse à la politique de libéralisation entérinée par la loi
sur la protection de la propriété intellectuelle relative aux
variétés végétales (Fok et Xu, 2009), un état de concurrence très
active prévaut en Chine, à cause du nombre de variétés enregistrées
et d’organisations de création variétale et de la diversité de la
nature de ces organisations. La Chine est le seul pays où la
diffusion du coton-Bt se fait avec des variétés hybrides et non
hybrides, la tendance des obtenteurs étant néanmoins de proposer
presque systématiquement des variétés intégrant le gène Bt, et ce
de plus en plus sous forme hybride.
Cette concurrence très active se révèle en fait excessive.
La durée de vie commerciale des variétés est courte, c’est un
facteur du relèvement du prix des semences. Le niveau élevé de
ce prix encourage en retour la commercialisation de semences de
contrefaçon. Tel est le problème de « désordre du marché de
semences », qui, depuis 2005, amène les acteurs du secteur coton à
demander l’intervention de l’État.
Cette intervention est survenue en 2007 avec la mise en
œuvre de la politique de subvention de semences de qualité. Même si
les modalités de cette intervention sont discutables (Fok et Xu,
2009), le cas chinois témoigne qu’une politique de libéralisation
du marché des semences nécessite une régulation pour être
durablement efficace.
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1 À l’époque de son introduction, il
s’agissait de l’alliance entre Monsanto et Delta & Pineland
Company, entreprise américaine de création variétale et de
production de semences de cotonnier. Depuis 2006, ces deux sociétés
relèvent de la holding Monsanto.
2 L’Indonésie est parfois évoquée, mais
c’est un pays dont la production cotonnière est très faible, voire
seulement symbolique.
3 Ce travail de contrôle a été possible car
l’auteur chinois de cet article est très impliqué dans la sphère de
l’amélioration variétale de coton dans son pays.
4 À titre indicatif, parmi l’ensemble des
variétés recensées par le CNVDT, sur les 262 variétés
officiellement non transgéniques, 24 l’étaient en réalité.
5 La commercialisation des semences d’une
variété ajoute des coûts importants à ceux de son développement :
production de semences, promotion publicitaire, réseau de
distribution. Le stock de semences constitué à la suite d’une
anticipation trop optimiste de la demande est souvent une source
importante de déficit.
6 Il y avait 199 variétés recensées avant
2000, puis 372 après cette date, mais 70 variétés étaient communes
entre les deux périodes.
|