ARTICLE La
thrombocytémie essentielle étant un diagnostic d'exclusion
de toute cause d'hyperplaquettose [1], l'étude de la clonalité
des cellules sanguines pourrait aider au diagnostic de l'affection en démontrant
une éventuelle hématopoïèse monoclonale.
L'analyse de la clonalité repose sur l'hypothèse d'inactivation
au hasard du chromosome X chez les femmes. Dans le cas d'une population
polyclonale, il existe un mélange de cellules, dont la moitié
a inactivé le chromosome X paternel et l'autre moitié a inactivé
le chromosome X maternel. Dans le cas d'une population monoclonale, on observe
une inactivation d'un seul des deux chromosomes X. Ainsi, en utilisant un
gène polymorphe présent sur le chromosome X et sensible au
processus de l'inactivation, il est possible de démontrer le caractère
monoclonal ou polyclonal d'une population cellulaire selon le profil d'inactivation
observé [2].
Avant d'aborder plus précisément les principales études
de clonalité dans la thrombocytémie essentielle, il convient
de rappeler quelques caractéristiques de ce phénomène
d'inactivation.
Le
processus d'inactivation chez les mammifères
Principales caractéristiques de ce phénomène
Un seul chromosome X est actif chez la femme. Le second est inactivé
précocement au cours de l'embryogenèse. Cette inactivation
survient au hasard. Elle reste stable durant toute la vie de la cellule
et est transmise aux cellules filles après division cellulaire.
Elle est également stable après culture in vitro
ou lorsque la cellule devient néoplasique [3]. Le chromosome X
inactif est détectable dès le 16e jour (C. de Barr, 1949)
dans l'embryon humain. Ce phénomène d'inactivation, encore
appelé phénomène de lyonisation, a été
proposé pour expliquer le mosaïcisme du phénotype des
souris hétérozygotes pour certains gènes mutants
sur le chromosome X [4]. Depuis, ce principe a été largement
appliqué à l'étude de maladies génétiques
liées au chromosome X et à l'analyse de la clonalité
des tumeurs [2, 5].
L'inactivation de nombreux gènes sur le chromosome X s'accompagne
de variations dans la méthylation des régions CpG en 5'
des gènes, alors que la méthylation des autres régions
du chromosome X semble indépendante du phénomène
d'inactivation. La méthylation apparaît essentiellement impliquée
dans la stabilisation de l'inactivation durant la différenciation
des différents tissus embryonnaires. Quoi qu'il en soit, cette
méthylation permet de reconnaître le chromosome X actif du
chromosome X inactif en étudiant l'action différentielle
d'enzymes de restriction sensibles à la méthylation. Quand
le site est méthylé, l'enzyme ne coupe pas l'ADN [2, 3].
Rappelons enfin qu'un seul chromosome X est actif dans les cellules somatiques
diploïdes quel que soit le nombre de chromosomes X par cellule, et
que la région pseudo-autosomique, lieu de l'appariement et de l'échange
entre les chromosomes X et Y au cours de la méïose mâle,
échappe à l'inactivation, cette région étant
homologue sur les deux chromosomes [3, 6].
Le phénomène d'inactivation est un
phénomène actif qui comporte trois étapes
Son initiation se fait à partir d'un centre unique de régulation
en cis : le centre d'inactivation ou XIC chez l'homme (Xq13) et Xic chez
la souris. Chez la souris, il existe un locus capable de contrôler
l'inactivation [7]. Ce locus s'appelle Xce pour locus controlling element.
Il semble affecter la probabilité qu'un chromosome soit inactivé,
ce phénomène étant considéré comme
le résultat d'une modulation de l'inactivation et non d'une sélection
cellulaire. Trois allèles faible, intermédiaire, et fort
ont été définis respectivement (Xcea, Xceb et Xcec).
Les analyses d'expression sur des animaux porteurs de différents
allèles du locus Xce, ont montré qu'un transcrit spécifique
de l'inactivation (Xist pour X inactivation specific transcript)
est transcrit de façon forte par les cellules femelles d'une souris
porteuse de l'allèle faible du locus Xce (favorisant l'inactivation),
intermédiaire quand elles portent l'allèle intermédiaire
du Xce, tandis que l'allèle fort défavorise son inactivation.
Xce et Xic sont localisés dans la même région sur
le chromosome X murin et sont souvent considérés comme étant
un seul et même locus. Il est supposé par ailleurs qu'un
signal de nature inconnue est capable de bloquer en trans l'inactivation
d'un des deux chromosomes X dans une cellule diploïde, afin de conserver
un seul chromosome X actif par cellule. La seconde étape de l'inactivation
est son expansion. Elle est discontinue le long du chromosome, laissant
des gènes échapper à l'inactivation, du moins chez
l'homme. Enfin, la troisième étape est le maintien de l'inactivation
par la méthylation. Cette méthylation semblerait se faire
progressivement et en fonction, au moins en partie, de la distance du
gène par rapport au Xce. Par exemple, le gène PGK
qui est situé à proximité du Xce, est méthylé
à J + 3,5 ; avant le gène de la
G-6-PD (J + 5,5) et le gène HPRT (J + 6,5) [8].
Le gène XIST chez la femme est très similaire au
gène Xist chez la souris (70 %) [3, 9] dans son profil d'expression
et dans sa localisation. Il n'y a pas de phase de lecture ouverte (donc
pas de traduction possible en protéine). L'ARNm n'est pas associé
aux polyribosomes. Les auteurs ne peuvent cependant pas éliminer
la possibilité d'un produit protéique de 25 acides aminés
(nt : 9788-9863). Pour que XIST puisse s'exprimer, il est indispensable
d'en avoir une autre copie en position trans (la duplication de
la région Xq13 en cis comprenant XIST chez un patient
XY n'entraîne pas l'expression de ce dernier et il n'y a donc pas
d'inactivation) [3,9].
Cette séquence, qui est transcrite par le chromosome X inactif,
ne l'est pas par le chromosome X actif. La séquence XIST ne possède
pas de copie Y et est localisée dans l'intervalle contenant le
centre d'inactivation. Au moment de la fécondation, le chromosome
X d'origine maternelle est actif et celui d'origine paternelle est inactif.
Dans le zygote, les deux chromosomes X sont actifs par réactivation
du X paternel. Chez la souris, le transcrit Xist apparaît au stade
de morula puis dans le blastocyste (J + 3,5), codé par le chromosome
X d'origine paternelle dans les tissus extraembryonnaires. Cependant,
à partir de J + 3,5, dans les blastocystes femelles dont les deux
chromosomes X portent des allèles différents au locus Xce,
l'expression de Xist est modulée en fonction de l'allèle
Xcep ou Xcem, Xce contrecarrant ainsi l'empreinte génomique sur
le X paternel. De même, l'inactivation préférentielle
du chromosome X paternel des tissus extraembronnaires dans l'embryon tardif
(J + 13,5) est modifiée en fonction de l'allèle Xce que
les deux chromosomes portent [3, 10].
Un phénomène
d'inactivation inégale a été décrit chez les
femmes normales
En effet, plus de 20 % des femmes normales ont une image d'inactivation
préférentielle d'un allèle par rapport à l'autre
au niveau du tissu hématopoïétique, constituant la
première difficulté dans l'analyse de la clonalité.
C'est le phénomène de lyonisation (ou d'inactivation) inégale.
Ce pourcentage est plus élevé que celui retrouvé
dans les tissus non hématopoïétiques, et semble en
partie lié au gène étudié et à la technique
d'analyse, allant de 3 % par l'étude du polymorphisme protéique
du gène de la G-6-PD (glucose-6-phosphate déshydrogénase)
à 40 % par les marqueurs ADN [11, 12]. Cette inactivation inégale
est retrouvée dans les différentes fractions cellulaires
du sang : granulocytes, érythrocytes, lymphocytes T, lymphocytes
B, cellules NK et plaquettes [12, 13]. Plusieurs hypothèses ont
été évoquées pour expliquer ce taux de lyonisation
inégale particulièrement élevé dans le tissu
hématopoïétique [12] :
* L'inactivation survient normalement très tôt dans l'embryogenèse.
Plus ce phénomène est précoce, plus la probabilité
d'observer une inactivation inégale augmente. Il semble que l'inactivation
du chromosome X survienne particulièrement tôt au niveau
du pool de cellules destiné à la constitution du tissu hématopoïétique,
et par conséquent, sur un faible nombre de cellules. Cela pourrait
expliquer l'existence d'une inactivation inégale d'allèles
dans les cellules sanguines, largement supérieure à celle
observée dans les autres tissus, comme la peau (20 %), le muscle
(25 %), et le côlon (11 %), chez les mêmes sujets.
* Il est parfois possible d'observer un phénomène de sélection
spécifique d'allèle, survenant après le phénomène
d'inactivation. Ce phénomène a été décrit
dans les maladies de Lesh-Nyhan, Wiskott-Aldrich, l'agammaglobulinémie
et le déficit immunologique combiné sévère
; pour expliquer le phénomène de lyonisation inégale
chez des femmes hétérozygotes pour lesquelles le chromosome
actif est souvent le chromosome normal. Il a été avancé
que, dans ces cas-là, le gène défectueux interfère
avec la maturation ou la survie de la cellule uniquement quand il est
exprimé dans cette cellule, ce qui conduit la cellule à
sélectionner l'allèle normal. Dans d'autres maladies comme
l'adrénoleucodystrophie et la granulomatose chronique, c'est l'allèle
mutant qui est favorisé.
* Puisque les cellules hématopoïétiques proviennent
du sac extraembryonnaire, il est possible que l'inactivation du chromosome
X de ces cellules se produise préférentiellement sur le
chromosome paternel, comme c'est le cas chez la souris. La notion d'empreinte
génomique a souvent été mise en cause pour expliquer
cette inactivation préférentielle [14]. Cependant, dans
une étude réalisée chez 5 patientes en rémission
complète d'une leucémie aiguë myéloïde
et considérées comme ayant une lyonisation inégale
dans les granulocytes et les lymphocytes T, l'analyse de l'inactivation
du chromosome X a montré que l'allèle inactif était
paternel dans trois cas et maternel dans deux cas [12].
Quoi qu'il en soit, il existe une faible corrélation du pattern
d'inactivation du chromosome X entre le tissu hématopoïétique
et les tissus non hématopoïétiques, ce phénomène
survenant à différents moments de l'embryogenèse
dans les différents tissus [8, 12]. Par conséquent, on ne
peut affirmer une monoclonalité de l'hématopoïèse
qu'en démontrant l'existence d'une polyclonalité dans une
ou plusieurs fractions hématopoïétiques.
La question des variations possibles du taux d'inactivation inégale
en fonction de l'âge a été déjà évoquée
par différents auteurs. Ce taux ne paraît pas être
lié à l'âge quand on considère l'ensemble des
résultats publiés dans la littérature (n = 100) [12].
Deux publications seulement semblent montrer le résultat inverse.
Dans la première étude, la fréquence d'une lyonisation
inégale sévère serait significativement plus importante
chez les femmes âgées de plus de 75 ans par rapport à
des femmes de 20 à 58 ans et à des enfants de 2 à
8 ans (p = 0,00125 ; c2 test) [15]. De même, plus récemment,
Busque et al. ont constaté une augmentation de l'incidence
de lyonisation inégale chez les femmes avec l'âge : 37,9
% chez les femmes de plus de 60 ans, 16,4 % chez les femmes de 28 à
30 ans, et 8,6 % chez les nouveau-nés [16]. Ces auteurs considèrent
que le taux réel d'inactivation inégale est celui observé
à la naissance et, qu'avec l'âge, ce taux augmente en raison
d'une déplétion en cellules souches ou d'un phénomène
de sélection cellulaire. Dans toutes ces études, les marqueurs
utilisés sont des gènes polymorphes présents sur
le chromosome X, et dont l'étude repose sur les différences
de méthylation de l'ADN génomique, dont les variations avec
l'âge sont inconnues. Dans notre expérience, l'utilisation
de marqueurs ARN semble donner une image d'inactivation inégale
beaucoup moins fréquemment que l'utilisation de marqueurs ADN chez
les témoins sains [17]. Ces résultats nécessitent
d'être confirmés sur un nombre plus élevé de
prélèvements de femmes normales.
Résultats
des études de la clonalité dans la thrombocytémie
essentielle
Les études de la clonalité de l'hématopoïèse
dans la thrombocytémie essentielle sont à interpréter
avec les réserves émises ci-dessus. Le terme « inactivation
inégale » sera employé à chaque fois que la
preuve d'une monoclonalité n'a pu être apportée par
l'utilisation d'un tissu témoin adéquat de lyonisation.
La possibilité d'une inactivation inégale doit toujours
être prise en considération dans l'analyse de l'étude
de la clonalité.
Étude de la clonalité au niveau de
la protéine
C'est Fialkow qui, le premier, a postulé chez trois patientes
l'origine clonale de la thrombocytémie essentielle, en utilisant
l'enzyme de la G-6-PD [18]. Une seule isoforme a été retrouvée
dans les granulocytes, les érythrocytes et les plaquettes, alors
que les deux isoformes étaient présentes au niveau de la
peau de ces patientes, la peau étant considérée à
l'époque comme tissu témoin de lyonisation. Les lymphocytes
T n'ont pas été analysés dans cette étude.
Ces résultats ont été confirmés plus tard
chez une quatrième patiente qui, par ailleurs, ne présentait
pas d'atteinte des lignées monocytaires et lymphocytaires T et
B [19].
Étude de la clonalité
au niveau de l'ADN (figure
1)
Les allèles présents sur les chromosomes X actif et inactif
se distinguent l'un de l'autre par leur état de méthylation.
L'inactivation du chromosome X s'accompagnant le plus souvent d'une hyperméthylation,
l'allèle présent sur le chromosome inactif est résistant
à la digestion par des endonucléases de restriction reconnaissant
les dinucléotides CpG et sensibles à la méthylation
des cytosines [2]. Après digestion enzymatique, les allèles
présents sur les chromosomes X actifs et inactifs sont séparés
par Southern blot ou par PCR [2, 16].
Avec le développement des marqueurs ADN, un nombre plus élevé
de malades a été étudié. En utilisant les
sondes PGK (phosphoglycérate kinase) et HPRT (hypoxantine phosphoribosyl
transférase) par la technique Southern blot, Lucas et al.
ont retrouvé une polyclonalité sur sang total chez une patiente
[20], alors que Anger et al. ont retrouvé une inactivation
inégale chez les 4 patientes étudiées, dont une présentait
une polyclonalité dans les lymphocytes T [21]. Chez deux soeurs
atteintes de thrombocytémie essentielle, Janssen et al.
ont analysé la clonalité dans les différentes fractions
de cellules nucléées [22]. La même image d'inactivation
inégale a été retrouvée chez l'une des deux
soeurs, alors que chez l'autre était retrouvée une hématopoïèse
monoclonale dans les granulocytes, avec une polyclonalité dans
les lymphocytes T et les monocytes. Une étude intéressante
a été réalisée plus tard par Turhan et
al. Ces auteurs ont comparé la clonalité à l'existence
d'une pousse spontanée des BFU-E en culture chez 9 patientes [23].
Une inactivation inégale a été retrouvée dans
les granulocytes chez 6 patientes dont 5 avaient une pousse spontanée
et la dernière ne l'avait pas. Une inactivation au hasard a été
observée chez les 3 autres patientes dont 2 avaient une pousse
spontanée mais pas la troisième. Il n'y avait donc pas de
corrélation entre l'image de l'inactivation et l'existence d'une
pousse spontanée des BFU-E en culture. Un nombre plus grand de
patientes (n = 13) a été analysé par Tsukamoto et
al. en utilisant toujours les mêmes marqueurs PGK et HPRT [24].
Une monoclonalité de l'hématopoïèse a pu être
confirmée dans 8 cas, en raison de l'existence d'une polyclonalité
dans les lymphocytes T, alors que chez les 5 autres, la même image
d'inactivation inégale a été constatée dans
les lymphocytes T.
Enfin, le gène HUMARA (gène du récepteur aux
androgènes) s'est révélé être un marqueur
très informatif et relativement simple à utiliser [25].
Une inactivation inégale a pu ainsi être démontrée
chez une majorité de patientes atteintes de thrombocytémie
essentielle (69 %). La fraction granulocytaire était toujours le
reflet du sang total et la fraction mononucléée s'est révélée
être un mauvais contrôle de lyonisation. En effet, la preuve
d'une réelle monoclonalité de l'hématopoïèse
n'a pu être apportée que chez 3 parmi 22 patientes qui présentaient
un profil d'inactivation inégale.
Cependant, il est possible que la méthylation ne soit pas toujours
un témoin fidèle de l'inactivation du chromosome X et que
des anomalies secondaires de méthylation qui sont rapportées
dans certaines tumeurs viennent fausser les résultats [2, 26] ;
l'image obtenue étant une fausse polyclonalité. Le second
problème est l'impossibilité d'étudier la clonalité
dans certaines fractions hématopoïétiques comme les
lignées rouge et plaquettaire. Pour ces raisons, l'analyse du polymorphisme
des transcrits s'est développée.
Étude
de la clonalité au niveau de l'ARNm (figure
2)
L'identification de variations nucléotidiques par l'analyse des
transcrits permet de déterminer chez des patientes hétérozygotes,
si un seul ou deux allèles sont transcrits. Cela traduit l'inactivation
préférentielle d'un chromosome X ou l'inactivation au hasard
des deux chromosomes X au sein de la population étudiée.
Peu d'études ont été réalisées avec
des marqueurs ARN. Prchal et al. ont analysé l'hématopoïèse
chez une patiente atteinte de thrombocytémie essentielle, grâce
à un polymorphisme du gène P55 (gène codant pour
une protéine membranaire de 55 kd riche en acide palmitique) en
utilisant la technique LDR/LCR (ligase detection reaction/ligase chain
reaction) [27]. Ils ont constaté une monoclonalité dans
les granulocytes, les réticulocytes et les plaquettes, alors qu'une
polyclonalité a été observée dans les lymphocytes
T et B et dans les progéniteurs médullaires les plus immatures
(CD34+, Thy1+, lin-).
En utilisant les transcrits des gènes IDS (Iduronate-2-sulfatase),
P55 et G-6-PD, il a été possible dans notre étude
de démontrer l'existence d'une hématopoïèse
monoclonale chez 28 des 35 patientes atteintes de thrombocytémie
essentielle selon les critères du PVSG (Polycythemia Vera Study
Group) (80 %) [28]. Chez 25 des 28 patientes, une monoclonalité
a été retrouvée dans les granulocytes et les plaquettes,
alors que les lymphocytes T étaient polyclonaux. Chez les 3 autres
patientes, une monoclonalité isolée a été
retrouvée dans les plaquettes malgré une polyclonalité
dans toutes les autres fractions cellulaires. Sept patientes ont montré
une hématopoïèse polyclonale dans toutes les fractions
cellulaires. Enfin, chez 4 autres patientes, la même image d'inactivation
inégale a été observée dans toutes les fractions
cellulaires, empêchant toute conclusion sur la clonalité.
La possibilité d'étudier la clonalité dans les plaquettes
constitue un avantage notable de ces techniques puisqu'une monoclonalité
isolée de cette fraction a pu être parfois constatée
[25, 28].
Contrairement aux techniques basées sur les différences
de méthylation au niveau de l'ADN génomique, celles basées
sur la détection des ARNm permettent l'étude de la clonalité
dans toutes les lignées hématopoïétiques. Cependant,
pour l'étude de l'ARNm, il est important d'avoir des fractions
cellulaires pures, l'expression des gènes étant souvent
variable d'une lignée à l'autre. Pour cette même raison,
le résultat de la clonalité sur sang total est difficile
à interpréter, celle-ci étant corrélée
à la lignée exprimant majoritairement le gène en
question. En revanche, pour les marqueurs ADN, le sang total est habituellement
le reflet de la fraction granulocytaire qui représente le plus
souvent les deux tiers des cellules nucléées.
Discussion
L'étude de la clonalité reposant sur le principe de l'inactivation
du chromosome X est d'interprétation délicate en raison
de la complexité de ce phénomène et des problèmes
spécifiques inhérents aux techniques utilisées. Il
est cependant admis qu'une monoclonalité de l'hématopoïèse
ne peut être affirmée qu'en présence d'une polyclonalité
dans une ou plusieurs lignées hématopoïétiques
non impliquées dans le processus néoplasique. Le choix de
ce tissu témoin reste donc à définir en fonction
de la pathologie étudiée.
Dans la thrombocytémie essentielle, l'hématopoïèse
paraît le plus souvent monoclonale, permettant de différencier
un syndrome myéloprolifératif d'une hyperplaquettose secondaire
où l'hématopoïèse est toujours polyclonale dans
notre expérience. Les plaquettes représentent la lignée
hématopoïétique la plus intéressante à
étudier dans cette maladie, avec une fréquence plus élevée
de monoclonalité par rapport à la lignée granulocytaire.
De même, les lymphocytes T semblent constituer le tissu témoin
de lyonisation le plus adapté, la plupart des études dont
la nôtre ayant montré une absence de leur atteinte dans cette
maladie. Cependant, dans notre expérience, aucune hématopoïèse
monoclonale n'a pu être détectée dans 20 % des cas.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer l'existence d'une hématopoïèse
variable chez ces patients ; l'atteinte néoplasique peut se situer
à des niveaux différents des progéniteurs médullaires
; de même, l'inhibition de l'hématopoïèse normale
peut être variable en fonction des patients, incomplète en
cas d'hématopoïèse polyclonale et complète en
cas d'hématopoïèse monoclonale. Cela démontre
une fois de plus l'hétérogénéité de
la thrombocytémie essentielle, qui regroupe probablement sous ce
terme une hyperplaquettose primitive d'étiologie variable ainsi
que l'intérêt d'utiliser un faisceau d'arguments pour étayer
ce diagnostic
CONCLUSION Remerciements
Je tiens à exprimer ma plus grande reconnaissance au Pr. Bernard
Grandchamp, à M. Gilles Hetet et au Pr. Jean Brière, pour
leur participation à ces études sur la clonalité. Je
remercie également le Dr Didier Dhermy pour ses conseils lors de
la rédaction de ce manuscrit.REFERENCES
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